
FAUT QUE ÇA DANSE !
Un film de Noémie Lvovsky
Avec Jean-Pierre Marielle, Valeria Bruni-Tedeschi, Sabine Azema, Bulle Ogier, Bakary Sangaré, Arié Elmaleh
Date de sortie : 14 novembre 2007
Contrairement à ce que prétend un bon vieux dicton populaire, on n'a pas toujours l'âge de ses artères. Salomon Bellinsky (Jean-Pierre Marielle) en est un exemple parfait. Après avoir vécu en couple et élevé une fille (Valeria Bruni-Tedeschi) qui a aujourd'hui quelque difficulté à devenir mère, au point de prétexter une regrettable erreur du laboratoire lorsqu'elle se découvre enceinte, il aspire aujourd'hui à profiter pleinement de ses dernières années. Alors il se met en quête de l'âme soeur, quitte à (se) mentir sur son âge. Et si l'heureuse élue (Sabine Azema) a un grain, alors tant mieux. Pendant ce temps-là, son épouse en proie à la maladie d'Alzheimer (Bulle Ogier) vit sous la protection d'un garde-malade qui la protège (Bakary Sangaré).
« Faut que ça danse ! » : tel est le credo de l'admirateur de Fred Astaire que campe Jean-Pierre Marielle dans cette comédie narquoise qui s'attache à des personnages particulièrement attachants dont le point de ralliement consiste à refuser d'assumer ce qu'ils sont en s'imaginant autrement, à l'instar du père qui a enfoui la Shoah au plus profond de lui-même. En filigrane, la réalisatrice s'attache à des thèmes aussi graves que la maladie, la solitude, la mémoire et même la mort. Mais elle prend soin en permanence de laisser dériver son film vers une vraie fantaisie et une fausse insouciance. Elle dispose pour cela d'une distribution de rêve.

À tout seigneur, tout honneur, Jean-Pierre Marielle trouve enfin un rôle à sa démesure et habite littéralement ce faux misanthrope qui refuse de vieillir ou même de se souvenir. À l'instar de la séquence désopilante au cours de laquelle il rend visite à son voisin, un médecin fantasque interprété par Daniel Emilfork (dont ce fut le dernier rôle) qui prône l'abstinence en invoquant la prostate sur le ton sentencieux du docteur Knock (« Ça vous chatouille ou ça vous gratouille ? »). Et des scènes de cette veine, le film en abonde. Sa principale qualité réside d'ailleurs précisément dans cette capacité à se décaler peu à peu de la réalité pour exulter dans un délire. Elle-même comédienne chez les autres, Noémie Lvovsky aime les acteurs et le prouve dès qu'elle en a l'occasion en les poussant dans leurs ultimes retranchements. On imagine combien l'expérience a dû être éprouvante pour les plus âgés, mais le résultat méritait cet effort. Rares sont les films français qui témoignent d'une telle liberté, mais aussi d'une telle profondeur. On est loin ici des comédies générationnelles pré-calibrées et des vaudevilles rances assistés par ordinateur.
Faut que ça danse ! est une tranche de vie qui rend heureux. Parce qu'on s'attache à ses protagonistes qui nous ressemblent et qu'on les quitte comme on dit au revoir à sa famille à la fin des vacances ou un soir de week-end. Il y a dans ce film tonique et fantasque une force de vie qui balaie tout sur son passage et qui autorise Noémie Lvovsky à aborder les thèmes les plus graves avec une insouciance qui ne ressemble en aucun cas à de la désinvolture. Elle perpétue aussi en cela cette tradition de l'humour juif qu'a naguère popularisé Woody Allen et qui consiste à préférer la dérision au pathos, tout en posant les interrogations fondamentales de l'existence : qui est-on, d'où vient-on et où va-t-on ? Question subsidiaire : qui dit mieux ?
Jean-Philippe Guerand










































