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CINE : SANS MOI

CINE : SANS MOI

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    Anna (Yaël Abbecassis), jeune mère divorcée, embauche Lise (Clémence Poésy) pour s'occuper de ses deux enfants. D'emblée, elle lui fait confiance et instaure avec elle une relation complice. Pourtant, Anna va bientôt découvrir que Lise garde d'un passé difficile une inquiétante part d'ombre. En décidant de tenter de l'aider par sa force, Anna se retrouve confrontée à sa propre fragilité...

SANS MOI
Un film d'Olivier Panchot
Avec Yaël Abecassis, Clémence Poesy
Durée : 1h30
Date de sortie : 10 octobre 2007

sans moi

Adapté très librement d'un roman de Marie Desplechin, Sans Moi est un beau film, dans tous les sens du terme. L'histoire, bien sûr, est troublante, et représentait un vrai défi pour le jeune réalisateur : filmer deux femmes dans une telle intimité psychologique - le trouble, le doute, mais aussi la maternité et finalement le basculement psychique - sans verser dans le mélodrame, et sans maladresse, demande des trésors de finesse et de sensibilité.

Le choix des comédiennes, bien sûr, est primordial. Clémence Poesy interprète Lise avec une grâce et une force paradoxale étonnantes. C'est, assurément, un rôle de « paumée », mais de « paumée magnifique », qui prend toute sa dimension dès les premières scènes, lorsqu'après l'avoir devinée instable, brouillonne lors de l'entretien d'embauche avec Anna, on la voit danser pour les enfants. L'ambiguïté du personnage est ainsi établie dès les premières minutes, on la devine à la fois destructrice et nécessaire pour ceux qui l'entourent. De Clémence Poesy, Olivier Panchot dit qu'elle possède « une élégance étrange, presque aristocratique » et c'est en effet cette prestance qui donne toute sa richesse, sa force vénéneuse au personnage de Lise.
Face à elle, Yaël Abecassis assume le rôle d'Anna avec un engagement total. Il s'agit, là encore, d'un rôle difficile et ambigu : celui d'une femme -et d'une mère- responsable, qui, en apparence, contrôle chaque aspect de sa vie, et se croit suffisamment forte pour aider Lise à stabiliser la sienne, sans avoir conscience de l'ampleur de ses propres failles et de sa dépression latente. Le visage de madone de Yaël Abecassis se prête parfaitement à ce rôle tout en retenue de jeune femme établie, mature et en apparence posée, qui cache, y compris à elle-même, une insondable fragilité et des zones d'ombres insoupçonnées.

sans moi

Cependant, ce qui frappe le plus dans le film d'Olivier Panchot, c'est le soin apporté aux images et leur esthétisme qui, pour être omniprésent, n'est cependant jamais superflu. Le décor un peu étrange de l'appartement cossu d'Anna, le parc des Buttes-Chaumont, mais aussi l'hôtel où se retrouvent Anna et son amant (Eric Ruf), servent d'écrin à l'intrigue mais jamais de cocon. Quelles que soient les scènes, douces ou violentes (comme celle où Anna suit Lise pour la trouver complètement ivre dans une boîte de nuit échangiste), Olivier Panchot sublime ses comédiennes et leurs corps en mouvement. La principale raison en est probablement le soin extrême apporté aux lumières et aux contrastes, qui créent, pour une très large part, l'atmosphère du film, et dessinent avec subtilité l'état psychique des personnages. Une lumière calibrée avec autant de précision ne peut être qu'impitoyable, et le contraste entre le grain parfait de la peau d'Anna au début du film et ses cernes s'installant doucement à mesure que l'histoire se déroule, en dit peut-être plus long que les dialogues. La palette d'expression du regard bleu marine de Clémence Poesy est également mise en valeur par cette utilisation de la lumière : selon qu'on voie Lise à son cours de danse ou avec les enfants, ou bien dans son univers nocturne si glauque, le sentiment du spectateur à l'égard du personnage change. Et c'est de ce malaise que vient, en partie, l'empathie à l'égard du personnage d'Anna, qui sombre en tentant avec acharnement de sauver Lise.

sans moi

Une photographie superbe, une mise en scène chorégraphiée, un jeu d'acteurs impeccable : voici un film maîtrisé et sensible, tout en retenue. Une retenue qui, justement, exprime au mieux la violence psychologique.

JMT

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