
THE GO MASTER
Un film de Tian Zhuangzhuang
Avec Chang Chen, Sylvia Chang, Keiko Matsuzaka, Akira Emoto, Ayumi Ito
Durée : 1h46

Sur un sujet rarement exploité et qu'avait su transcender avant lui par la littérature, Yasunari Kawabata avec Le Tournoi de Go, le réalisateur de The Go Master a déjà l'audace du choix d'un tel sujet. En effet, par essence anti-dramatique, le Go, jeu méconnu en Occident avant Hikaru No Go, se refuse à une monstration haletante par les grandes phases du jeu et supposerait si on le filmait de longues parenthèses statiques en sus d'une explication didactique de ses règles. Ainsi, pour pallier cet état de fait et animer cependant son film par les vertus d'une telle pratique, Tian Zhuangzhang va opter pour le récit chronologique d'une vie, celle de Wu Qingyuan, Chinois qui aura su s'imposer dans un environnement pourtant traditionnellement clos et essentiellement nippon.
Recourrant pour cela à un récit excessivement linéaire, le cinéaste va alors tisser une oeuvre biographique ancrée dans son temps, pourvue d'une sensibilité folle et portée par une photographie magistrale. Evitant de filmer ou presque les parties de Go pour davantage se focaliser sur le joueur et l'homme plus que sur les subtilités du jeu, il va ainsi croquer à grands traits, la figure d'un champion, le portrait d'un homme de son temps dont la vie n'a pourtant qu'un sens, le jeu et une direction, la religion. Et c'est justement cela qui fait de ce film, une réussite inattendue, parce qu'en procédant par le refus du jeu ou en le cantonnant à sa simple évocation par le souvenir ou la parole de l'autre, Tian Zhuangzhuang réussit à faire de l'esprit du Go, l'âme du film et des valeurs qu'il porte, les liens inextricables qui composent l'humanité de Wu Qingyuan, dans l'Asie des années trente et des décennies qui suivront.

Ainsi, l'auteur du Cerf volant bleu - film très longtemps demeuré interdit - réussit-il la gageure de faire de ce métrage, un biopic d'une densité artistique et narrative considérable au regard du contexte historique traversé, cela notamment par les moyens qu'il se donne pour les raconter (récit en tableaux, durée du plan...). Mais plus encore que cela, cette fresque centrée sur ce talent aussi exceptionnel qu'hors normes jouit-elle d'une subtilité, d'une justesse et d'une ouverture dans son récit qui font du Maître de Go, l'une des oeuvres chinoises les plus marquantes de ces dernières années. En effet, bien loin devant le Mariage de Tuya ou les frasques des Chen Kaige et Zhang Yimou, aujourd'hui décrédibilisés par leurs prétentions « mainstream », ce film parvient par la voie fictionnelle la plus orthodoxe à développer et nourrir par l'austérité de son ton et sa facture remarquable, un monde exclusivement original et envoûtant. Et surtout, incroyablement riche à tous points de vue.
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