

NOTRE BIOPIC PREFERE
Romain Le Vern: Edvard Munch, de Peter Watkins
Cette oeuvre prodigieuse retrace un pan de la carrière d'Edvard Munch et passe par tous les états de l'artiste entre recherches picturales, réception par la critique, peur de la maladie, échecs amoureux. Voilà l'un des rares biopics subjectifs qui cherche à retranscrire le bouillonnement intérieur d'un artiste angoissé. De manière plus organique et moins théorique que I'm not there, de Todd Haynes (pour prendre un exemple récent). Pas un biopic comme les autres donc, plutôt une rêverie obscure et hallucinée. Jamais solennel, toujours hypnotique, cette somptueuse dérive de l'esprit et des sens regorge d'idées et d'intuitions sous la houlette d'un Peter Watkins au sommet de son art (c'est dire si c'est haut). D'un bout à l'autre, juste sidérant.

Alex Masson : American Splendor, de Shari Springer Berman & Robert Pulcini
Harvey Pekar est du genre ultra-aigri, hypocondriaque, misanthrope. L'absolu roi des brise-burnes qu'on souhaite ne jamais fréquenter. Donc du genre incompatible avec le principe même du biopic censé célébrer, voire glorifier, l'aspect positif des célébrités traités. American Splendor fait fi de toutes les règles. Non seulement, en faisant le portrait d'un dessinateur de BD underground, absolument inconnu du grand public, mais surtout en faisant preuve d'une totale intégrité : Shari Springer et Robert Pulcini refusent l'hagiographie, montrent Pekar sous son jour de bougonissime ronchon. Ça confère à American Splendor une part généralement absente des biopics : la part universellement humaine de son sujet, défauts compris.
LE TOP 10 SPECIAL BIOPIC
1. AMADEUS (Milos Forman)
Dans le genre "biographie romancée", impossible de trouver mieux qu'Amadeus, le chef-d'oeuvre de Milos Forman qui a glané pas moins de huit statuettes dorées. L'histoire? En 1781, arrive à Vienne un jeune artiste prodige précédé d'une enviable réputation : Wolfgang Amadeus Mozart. Accueilli avec scepticisme ou enthousiasme à la cour de l'Empereur Joseph, il se fait l'ennemi acharné d'Antonio Salieri, musicien réputé et compositeur officiel de sa majesté. Ce dernier se sentant trahi par Dieu décide de faire obstacle à Mozart par tous les moyens. Pourquoi s'agit-il, selon nous, de l'un des meilleurs biopics jamais réalisés? Pour Mozart, enterré dans une fosse commune. Parce que la musique est bonne. Pour ce dénouement où sourd le requiem. Pour les dernières paroles déchirantes de Salieri (F. Murray Abraham), pétri d'admiration pour le jeune prodige. Pour le rire mémorable de Tom Hulce. Pour le film qui, dans sa version longue de presque trois heures, constitue un éblouissement permanent.

2. MAN ON THE MOON (Milos Forman)
Depuis Amadeus, Milos Forman est quasiment devenu le représentant official du biopic. Souvent parce qu'il a le génie pour trouver les bons sujets, en l'occurrence des célébrités réellement hors du commun. La plus fantasque d'entre elles était sans doute Andy Kaufman, comique télé mettant en application les principes des situationnistes chers à Guy Debord. Jusqu'à en faire une philosophie de vie. Forman ne cherche jamais a psychanalyser le bonhomme mais à capter son énergie aussi créatrice que destructrice entre performance permanente et schizophrénie. Parmi les idées de génie du film : confier le rôle de Kaufman à Jim Carrey. Il va comme un gant à un comédien lui aussi au bord de la démence à s'écarteler entre les registres.
3. BIRD (Clint Eastwood)
Pendant que Woody Allen s'affiche souvent en (piètre) joueur de clarinette, Clint Eastwood aborde sa passion pour le jazz de façon plus discrète. Sa vision de Charlie Parker est totalement dédiée à cette musique, au point que le film soit (dé)construit comme un morceau de be-bop. De quoi sérieusement aérer le rythme en trois temps (trauma d'enfance, ascension, rédemption) usuel des biopics et esquisser une belle idée poétique : et si le free-jazz rendait les hommes plus libres ?

4. VELVET GOLDMINE (Todd Haynes)
Le meilleur moyen de se sortir des chemins éculés des biopics est peut-être de réinventer totalement l'histoire officielle des stars. Velvet Goldmine ne raconte pas à proprement parler l'histoire de David Bowie période Ziggy Stardust mais recompose à sa sauce un puzzle pour exprimer l'essence du Glam-Rock. Et proposer des hypothèses aussi délirantes que passionnantes. Par exemple de définir les pop-stars ambigues des 70's comme les derniers descendants d'Oscar Wilde. Le film lui-même entre ironie et déclaration d'amour, n'est pas éloigné d'un élégant dandysme pas très éloigné des autres tentatives faites dans le même registre par Ken Russell.











































