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RENCONTRE AVEC FLORENT EMILIO SIRI

RENCONTRE AVEC FLORENT EMILIO SIRI

Tout sur L'ENNEMI INTIME - La Critique - Photos - Le 0000-00-00 00:00:00


Le cas Florent-Emilio Siri est intéressant pour qui veut chercher à comprendre les différences subtiles entre les termes « réalisateur », « metteur en scène » et « cinéaste ». Florent-Emilio Siri est un cinéaste, ce qui n'est pas la désignation d'une profession mais d'une condition.

A travers cet entretien, qui couvre un large éventail de sa carrière (y compris des projets pas encore concrétisés), le lecteur pourra réaliser qu'il n'y a pas chez lui de distinction franche entre le métier qu'il exerce, les sujets qui le travaillent, ses recherches formelles, ses questionnements moraux et sa propre biographie. Tous ces aspects forment un bloc de conscience où les choix de « mise en scène » sont conditionnés par ce en quoi il croit, où ce en quoi il croit est conditionné par ce qu'il a vécu, et où ce qu'il a vécu guide la « réalisation », la visualisation de ce qu'il cherche à raconter au public. On ne dira pas de Siri qu'il parle de Cinéma, ou même qu'il pense le Cinéma, mais plutôt qu'il « pense Cinéma ».


Films de guerre
Pour moi, au départ, c'est vraiment le désir d'un cinéphile. J'avais entre 20 et 25 ans à l'époque où sont sortis beaucoup des films de guerre américains sur le Vietnam... Je ne comprenais pas pourquoi nous, français, qui avions une histoire autour de la décolonisation, avec la guerre d'Indochine, avec la guerre d'Algérie, nous ne faisions pas ce genre de films. J'ai eu la naïveté d'étudier le problème, d'acheter des livres, et j'ai vite compris que c'était un sujet qui me dépassait. Je n'étais pas prêt à le mettre en chantier ou même à écrire un scénario. En fait c'était une recherche personnelle puisqu'à l'école, ayant suivi un cursus normal, je n'ai pas spécialement eu de cours sur ces guerres de décolonisation. J'ai découvert cette guerre que je ne connaissais pas du tout. J'ai un oncle qui l'a faite et ne m'en a jamais vraiment parlé. Dans chaque famille il y a quelqu'un qui a fait cette guerre, et n'en parle pas. Les arrière-grands-parents ont fait la Grande Guerre, les grands-parents ont fait la Drôle de guerre, et les parents ont fait la « sale guerre », la guerre d'Algérie.


Rencontre Magimel - Rotman
J'avais laissé ça de côté dans ma tête. Je me rappelle qu'au moment de Nid de guêpes, les gens me demandaient toujours : C'est quoi ton prochain film ? Et je répondais toujours : mon rêve serait de faire un film de guerre ou de science-fiction... Je suis ami avec Benoît Magimel depuis plus de dix ans maintenant, depuis Une Minute de silence qu'on a fait ensemble, et j'avais beaucoup parlé avec lui de cette idée d'un film de guerre. Au cours d'un déjeuner, Benoît a rencontré Patrick Rotman, et sans vraiment savoir sur quoi travaillait Patrick, il lui a déclaré qu'il aimerait bien faire un film sur la guerre d'Algérie. Patrick lui a alors révélé qu'il préparait justement un documentaire sur la guerre d'Algérie, qui s'intitulait L'Ennemi intime. Bref ils se sont trouvés et ils ont commencé à échanger. Aussitôt, Benoît m'a appelé pour qu'on organise une rencontre. Celle-ci s'est faîte tout de suite après Nid de guêpes. Patrick a commencé à nous raconter plusieurs histoires et il m'a confié des images en super 8 couleurs de la guerre d'Algérie, tournées en Kabylie. Comme tout le monde, j'avais des « clichés » sur cette guerre d'Algérie : le désert, le sable etc. Et là tout d'un coup, je découvre un paysage qui ressemble à la Corse sous la neige. C'était incroyable. Visuellement ça m'a aussitôt interpellé. Cette guerre qui s'était produite dans ce qui était alors la France ressemblait à une guerre... en France ! Et à côté il y avait des tonnes de témoignages, que Patrick a commencé à regrouper il y a trente ans, et qu'on pouvait en partie entendre dans le documentaire de 1992 réalisé par Bertrand Tavernier, La Guerre sans nom. Pour un réalisateur, cette somme de témoignages est un vivier inépuisable. Ce que j'ai cherché à faire c'est, à travers la grande Histoire, raconter la petite, mais qui raconte bien cette guerre.

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