
"Ce Calmos n'a jamais été réhabilité à sa juste valeur: celle de bizarrerie iconoclaste qui avait le mérite d'aller au bout de son délire. Jamais on sent Blier en train de se dire qu'il va trop loin. Jamais on sent la retenue. Toujours on sent cet instinct suicidaire à aller dans le nonsensique et le graveleux."

Première scène: le gynéco Marielle bouffe avec une mine dégoûtée son sandwich au pâté en examinant les moindres recoins d'une femme, les jambes écartées, impatiente, prompte à être examinée, se grattant les poils pubiens. Et là, monologue du vagin: le mec en a marre. Généreusement misogyne, Calmos témoigne de l'évolution intéressante du statut de la femme dans la société et surtout dans le cinéma de Blier fils (Bellucci dans Combien tu m'aimes? pouvait être vue comme une hybride de l'hystéro - genre Miou-Miou dans Les Valseuses et Tenue de soirée -, de la sentimentale - Carole Laure dans Préparez vos mouchoirs - et de la mystérieuse - Carole Bouquet dans Buffet Froid et Trop belle pour toi). A travers les pérégrinations hasardeuses de deux mecs peinards qui veulent vivre au plein air, à la fraîche, décontractés du gland. Ils se barrent loin de tout, tombent sur un curé ubuesque (Blier père) qui les convie aux plaisirs simples de la bonne bouffe et accessoirement de la bonne chair. Dans leur périple, ils sont rejoints par des tonnes d'autres mecs tout autant dépassés par les femmes de plus en plus agressives et incontrôlables. Elles sont libres, belliqueuses, grandes gueules et ça bouscule leur quotidien pépère. Fini donc le temps où les femmes étaient belles lorsqu'elles repassaient les slips.

Finis les soliloques enflammés d'un Marielle extasié devant le cul de sa bonne femme dans Les galettes de Pont Aven, de Joël Séria. Les beaufs sont déboussolés. Les deux antihéros ne sont pas au bout de leur peine lorsqu'ils tombent sur une tribu d'amazones nymphomanes qui veulent les utiliser dans une clinique pour la procréation. Les femmes élèvent les bébés, seules; les mecs sont réduits à leurs sexes turgescents. Et ils doivent se taper de tout: de la belle, de la moche. Voilà un film qui suinte la misogynie par tous les pores (porcs?) mais tellement franc du collier, tellement sans gêne, tellement moins académique que le Blier faussement provoc d'aujourd'hui qu'on pardonne les outrances et qu'on rit des situations décalées et surréalistes. Et comme on n'est jamais à l'abri d'une (mauvaise) surprise, on se surprend à halluciner lors des scènes finales où les deux mecs finissent en morpions chatouilleux dans le sexe géant d'une beauté allongée sur une plage. Cette zone secrète qui reste le plus grand mystère masculin, visité par les deux zouaves lilliputiens. Mieux vaut voir cette situation à l'écran, ouvertement tournée en ridicule et suffisamment kitsch et déplacée pour réellement choquer le petit bourgeois qui n'ose pas toucher à un exemplaire de Hara Kiri (Choron et ses joyeux sbires sont allés souvent plus loin dans la provocation macho).
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