
DOSSIER : LES WESTERNS ATYPIQUES
Tout sur L'ASSASSINAT DE JESSE JAMES PAR LE LACHE ROBERT FORD - La Critique - Photos - Le 0000-00-00 00:00:00
On peut utiliser ses codes connus de tous pour faire passer des messages (l'écologie dans Jeremiah Johnson de Sydney Pollack, l'homosexualité dans le Secret de Brokeback mountain), ou éclairer l'histoire d'une manière différente (Little Big Man, Danse avec les loups, la Porte du paradis). Le Western devient une forme narrative, pouvant porter jusqu'au réflexions les plus métaphysiques ou abstraites (Dead man de Jim Jarmush, Trois enterrements de Tommy Lee Jones) jusqu'à se laisser détourner pour instaurer un autre ton, irrévérencieux (Butch Cassidy et le Kid), ou pour en accentuer l'absurde, l'âpreté ou en styliser la violence (les oeuvres de Sergio Leone et de Sam Peckinpah). Le genre est protéiforme et se laisse triturer dans tous les sens sans y perdre son âme.
La Démystification
Il y eut Brando et son seul film en tant que réalisateur, la Vengeance aux deux visages qui étudiait la relation oedipienne entre le jeune héros et le personnage de Karl Malden, Dad. Il s'agissait certes d'un duel et d'une vengeance mais elle gagnait soudain une portée psychanalytique et le film devenait autre. Il y eut surtout Sergio Leone et sa mise en scène appuyée qui a fait de Clint Eastwood dans la « trilogie des Dollars » (titre impropre car le Bon, la Brute et le truand est un peu à part), un symbole, celui d'un homme sans nom, vengeur qui ne devait allégeance à personne, pas même à la justice, humaine ou divine. Les héros de Leone n'ont rien de la noblesse d'antan, des justiciers altruistes incarnés par le grand Duke (John Wayne) dans ces véritables chansons de gestes à la gloire de chevaliers qui auraient troqué leurs épées contre d'étincelants six-coups. Le sacré n'a plus cours. Si l'univers de Leone a longtemps été mal considéré, à la limite d'être une parodie, c'est aussi pour cela: ses personnages sont des crapules très humaines dans leurs vices et le moins pourri d'entre tous (Clint le plus souvent) est pourtant assez peu fiable et pas du tout généreux ou chevaleresque. D'autre part, il est d'ailleurs extrêmement souvent très amoché, tabassé au fil du film, défiguré, comme pour montrer à quel point est malmenée la figure du cowboy classique. Ensuite il y a Il était une fois dans l'ouest, au titre trompeur puisqu'il s'agit avant tout d'un conte funèbre où tout est souillé, bafoué. Henry Fonda y est l'incarnation du Mal absolu. Charles Bronson est la vengeance. Les personnages, les illustres hors la loi, n'existent plus et deviennent symboles. Le Western vu par Leone est une évolution vers l'abstrait et un goût pour le prosaïque, bien loin des légendes héroïques.

Clint Eastwood sera justement son plus digne héritier. Il reprendra cette même veine en la poussant un peu plus loin tout au long de sa carrière. Seulement, comme cinéaste, il est stylistiquement beaucoup plus classique ce qui le rapproche dans la formes des pères du genre que sont Hawks et Ford. Pour autant, il dépeint l'Ouest tel qu'il fut historiquement et pas auréolé de son aura mythique et simpliste. C'est particulièrement flagrant dans Josey Wales, hors la loi. On peut d'ailleurs d'ores et déjà remarquer que détourner le genre, c'est le raconter à échelle humaine, en y intégrant les bassesses qui font partie intégrante de notre nature. Wales est un homme brisé qui doit se reconstruire, ainsi que tous ceux qu'il rencontre. Il est un fuyard perpétuel, traumatisé par tout ce dont on l'a privé, une âme perdue qui ne trouve refuge dans la vengeance et la mort. Peu à peu, il regagne des attaches, il recouvre le souci de ce qui l'entoure et n'est plus recroquevillé sur sa douleur. Mais il est plus proche d'une bête sauvage et acculée que d'un homme superbe et plein d'assurance. Le monde dans lequel il vit est aussi désenchanté que lui, dominé par la mort, la souffrance, le crime, la solitude, une nature hostile. Orson Welles trouvait le film superbe. John Wayne ne l'aimait pas, tous deux pour la même raison: il trahissait l'Idéal. L'Ouest devenait un lieu proche de l'enfer où l'on ne pouvait se fier à rien ni à personne, où les femmes étaient violées, les vieux pionniers assassinés et où les indiens n'étaient pas tous des croque-mitaines. Bref tout un système de valeurs traditionnelles était absolument balayé.













































