
CINE : STUCK, LE NOUVEAU STUART GORDON (EXCLU)
Tout sur STUCK - La Critique - Le 0000-00-00 00:00:00STUCK
Un film de Stuart Gordon
Avec Meena Suvari, Stephen Rea, Russell Hornsby, Rukiya Bernard, John Dartt, John Dunsworth, Mauricio Hoyos, Wally MacKinnon, Patrick McKenna, Liam McNamara

En rappelant à ceux qui le réduisaient à un faiseur de série B sa parenté avec David Mamet et ses débuts théâtraux, le réalisateur Stuart Gordon - que l'on n'avait pas vu en aussi grande forme depuis longtemps - révèle une seconde jeunesse en réalisant des films dont les ambitions consistent à emmener le spectateur là où il ne s'y attend pas. Comme dans Edmond, on suit - dans un premier temps, du moins - la descente aux enfers d'un homme (Stephen Rea, excellent) licencié, foutu à la rue, irrité par son banquier qui a perdu le sourire, confronté à une réalité post-After Hours aberrante mais peu montrée. Une nouvelle fois, Gordon confesse à demi-mot sa peur de la perte sociale en montrant qu'un homme a priori équilibré peut d'un jour à l'autre péter tous les plombs de son existence et descendre au plus bas de l'échelle. C'est sa propre vision de l'Amérique d'aujourd'hui où tout semble programmé pour détruire les faibles, qu'ils touchent le fond et qu'ils ne remontent plus (d'où son affection pour les personnages de SDF). Par la grâce d'un montage parallèle, il introduit un autre personnage, a priori totalement étranger à cette première histoire: une infirmière généreuse et compatissante (Mena Suvari, faisant désormais partie de la nouvelle troupe de comédiens du cinéaste) qui, à l'inverse, est sur le point de grimper l'échelle sociale en bénéficiant d'un poste avantageux. Gordon accentue les disparités pour annoncer la tragédie moderne avec des parallélismes édifiants et des indications temporelles un rien superflues. Puis vient la collision, brutale, entre ces deux mondes, réduits à la même bouillie existentielle.
Le titre «stuck» vient du personnage de Rea qui reste une bonne partie du film cloîtré dans un pare-brise, incapable de bouger. Le suspense réside dans la capacité de l'autre personnage à conserver un secret honteux (un accident sous ecsta) et à essayer de s'en débarrasser le plus rapidement possible quitte à avoir recours à des méthodes radicales. Sans donner au spectateur le temps de reprendre son souffle, le récit devient une spirale infernale où plus le temps passe, plus le personnage gâche tous les espoirs placés en elle (elle ne peut donc plus progresser socialement). Certes, si Stuck est moins sidérant que le précédent long de Gordon, ce précipité qui évoque du Iñarritu light (genre 21 Grammes sans le pathos) tient cependant la route avec robustesse. Sa grande force réside dans la narration. Avec une sobriété dans la gestion des effets, l'intrigue est un modèle - simple et efficace - de construction dramatique.

D'aucuns pourront toujours arguer que Gordon n'évite pas le jugement moralisateur et malmène ses caractères comme des pantins. Oui mais voilà: paradoxalement, il n'impose pas de point de vue sur les personnages et les laisse se dépatouiller jusqu'au bout et tout seuls avec leur conscience morale. Ce serait donc oublier qu'avant d'être un pamphlet sociétal, Stuck reste avant tout un thriller brillamment interprété sur la culpabilité aux accents de huis clos. La bonne idée est de ne jamais prendre ces mi-humains mi-monstres pour plus ignobles qu'ils ne sont. Dommage juste que le dénouement finalement attendu ne leur laisse pas d'autres choix que la fatalité. Mais Stuart échappe à la majorité des écueils qui pendaient au bout de sa caméra en se concentrant sur le principal: l'horreur brute et réaliste de la vie de tous les jours qui fait désormais plus peur que n'importe quel monstre Lovecraftien.
Romain Le Vern







































