
CINE : DAI NIPPONJIN (COUP DE COEUR)
Tout sur DAI NIPPONJIN - galerie de photos - Le 0000-00-00 00:00:00DAI NIPPONJIN
Un film de Hitosi Matumoto
Avec Hitosi Matumoto, Riki Takeuchi
Durée : 1h53
Date de sortie : prochainement

Après Incassable, de M. Night Shyamalan, voici un nouveau cas de super-héros filmé de manière «réaliste». En surface, la structure du récit s'apparente à un mockumentary (parodie documentaire) où un journaliste pose des questions dépourvues de pertinences à des personnages fatigués de vivre. Cela permet de donner pas mal d'importance aux personnages secondaires, très savoureux, qui n'ont strictement rien à secouer du «mythe» et gravitent autour de lui sans le vouloir. Ça va de la femme divorcée au grand-père souffrant. En substance, Dai Nipponjin rappelle à la manière des Indestructibles, de Brad Bird, que derrière chaque super-héros se cache un être humain. Dans ce premier long-métrage (ambitieux), le réalisateur Hiro Matumoto, vedette comique connue comme Kitano au pays du soleil levant pour ses prestations télévisuelles, s'amuse à suivre les moindres pas de Dai Sato, Superman qui a oublié de voler, clown triste boudé par les siens qui, malgré lui, se révèle l'unique dépositaire d'une faculté héréditaire, lui permettant lorsque le devoir l'appelle de se transformer un géant. Sa mission: protéger Tokyo des agressions répétées de monstres tartignoles. Ses interventions sont à l'image de sa vie: à mourir d'ennui (et donc extrêmement drôles).
Le concept est extrêmement original. Bonne idée que d'avoir fait du super-héros, un loser fini couard dont l'extraordinaire mauvaise foi tend à révolter la population japonaise au lieu de le soutenir. Le passage où il emprunte le chemin pour se rendre au lieu de transformation est tordant, les japonais ayant déposé des pancartes avec des insultes pour humilier le héros national. Pas la peine d'être armé d'une culture comics et geek pour saisir la subversion. Le trait est toujours caustique, mordant, abrasif avec en creux une vraie nostalgie pour une culture japonaise ancestrale oubliée. A un moment donné, Dai Sato souligne que les gens n'ont plus besoin de mythes pour rêver puisqu'ils ont les jeux vidéo. Loin d'être référentiel, le récit fait appel au sens de la dérision du spectateur qui doit si possible partager une prédilection pour le quotidien qui déraille, les jeux de mots foireux, les costumes kitsch, les ambiances drôlement dépressives et, surtout, les blagues qui tombent à plat.

Ça donne un film très étrange à la fois culturellement marqué et profondément universel qui passe par tous les degrés et toutes les formes envisageables d'humour (absurde, burlesque, gag, comique de situation). Si on ajoute que ça a toujours une bonne longueur d'avance sur le spectateur et que ça l'emmène précisément là où il ne s'y attend pas, impossible de ne pas succomber à l'euphorie. A ce propos, le cinéaste a gardé le meilleur pour la fin: une dernière demi-heure en forme de sentaï sous acide qui constitue un sommet irrésistible de drôlerie. Si vous ne rigolez pas comme un abruti face à tant de connerie assumée, on ne peut plus rien pour vous. Cela dit, on a également le droit de trouver ça très touchant. Dans tous les cas, on est séduit. A mort.
Romain Le Vern






































