
CRITIQUE CINE : SUKIYAKI WESTERN DJANGO, LE NOUVEAU TAKASHI MIIKE
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Inutile de céder au petit jeu tannant des comparaisons avec l'original: cette version de Django par Takashi Miike n'appartient qu'à son réalisateur. En référence au western spaghetti, le titre du film annonce déjà la couleur: le sukiyaki est une fondue japonaise qui est aussi l'un des plats nippons les plus connus hors du pays du soleil Levant. Un titre qui annonce l'hommage au western-spaghetti mais surtout un résumé de ce qui nous attend à l'écran: une ratatouille de cinéma. Comme Gozu était une ratatouille de Lynch; Visitor Q, une marmite de Pasolini en DV; Dead or Alive 2, un concentré de Kitano. Ici, une nouvelle ratatouille cinéphile qui reprend les grandes lignes Corbucciennes de l'original Django (réalisé en 66, avec Franco Nero dans le rôle titre) et en creux toute l'imagerie de l'étranger solitaire déchiré entre deux camps respectivement haïssables par leur soif sanguinaire. On peut voir une trace d'ironie dans cette adaptation: à l'origine, le personnage de Django est né de la lecture d'une bande dessinée japonaise. A l'écran, les intentions sont présentes mais le résultat, loin du pastiche, ne ressemble à rien de connu et dynamite généreusement tous les poncifs du genre.

Certes, les remakes officiels de Takashi Miike ne ressemblent jamais aux films d'origine. Sa relecture de Crazy Family, de Sogo Ishii ou encore du Yokai Daisensô, de Kuroda Yoshiyuki possèdent tous un réjouissant grain de folie. Idem pour ses hommages qui font semblant de respecter des codes barbants: Zebraman est un hommage au Sentaï qui se transforme progressivement en version soft de Ichi the Killer et La mort en ligne s'avère un film de commande tellement conventionnel qu'il en devenait bizarre dans une filmo nourrie d'inquiétantes étrangetés. Entre classicisme et audace, Miike parodie sans cynisme, se fraye un chemin et démontre à ceux qui ne le croyaient capables que de faire des sacs à vomis pelliculés une capacité extraordinaire à concilier les autocitations, les citations et les nouveautés en changeant à chaque fois de registre, de mode, d'humeur. Sans régurgiter ou s'abaisser à des compromis. De quoi rassurer ses fans qui le voyaient depuis quelques temps rejoindre des rails terriblement conformistes. Sur cette expérience (car il en s'agit d'une, incontestablement), si on devait le rapprocher d'un cinéaste, ce serait certainement de Alejandro Jodorowsky période El Topo (autre western qui hache menu les clichés pour prendre de la hauteur) pour lequel le réal nippon voue une admiration immense. Même s'il se situe plus dans l'action et moins dans la réflexion et cherche davantage la dérive insolite aux connotations mystiques.
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