
Durée 1'20
Place dans le film, premier quart d'heure
Intérêt scénaristique
Intérêt artistique
Intérêt cinématographique
A l'occasion de la sortie en DVD du superbe coffret Mizoguchi chez MK2, revenons sur la capacité de Kenji Mizoguchi à utiliser le cinéma comme nulle autre.
Pour cela, nous allons nous intéresser à une séquence extraite de L'épée de Bijomaru, sorti en 1945 et fortement marqué par la censure de l'époque. Disponible chez Carlotta dans une édition non moins comparable à celle qui sera disponible dès le 17 octobre, ce film a le mérite d'être l'exemple le plus absolu d'une théâtralité voulue, assumée et transcendée par le rôle de l'image. Ainsi, là où nous avions été impressionné par Sidney Pollack lors de l'analyse du Verdict, la séquence que nous allons étudier offre une approche magistrale de ce qu'est la maîtrise d'un cinéaste de renom, celle du rapport à l'espace, au geste et au symbole.
Mais avant de nous intéresser plus spécifiquement à cette composition toute aussi esthétisante que signifiante, revenons sur le film. Tourné à l'approche de la fin de la guerre, L'épée de Bijomaru est l'un des films de Kenji Mizoguchi qui fait ressentir le plus l'effet de la propagande et de la censure sur son oeuvre. Ainsi, même si l'on notera sa capacité toujours grande à traiter de ses propres obsessions, il n'en reste pas moins qu'avec ce film, il est comme pour les 47 rônins, dans la quasi-obligation pour tourner, de souscrire à un récit édifiant de combat et d'afrontement sur fond de lien social et communautaire indéfectible.
L'épée de Bijomaru, une histoire de précipitation et d'imprudence
L'histoire de L'épée de Bijomaru est simple et éloquente. Ancien orphelin, Kiyone Sakurai est un jeune forgeron adopté et formé par celui qu'il considère comme un père, Kozaemon Onoda. Ayant tout appris de lui et épris de sa fille avec laquelle il a été élevé, notre aprenti décide de rendre à son protecteur ce qu'il lui a offert. Ainsi, se met-il en tête de confectionner un sabre d'exception grâce à tout ce que son père d'adoption lui a appris. Sûr de son fait, le jeune homme offre donc très rapidement une pièce a priori remarquable d'équilibre et de maniabilité à son maître. Ce dernier, bien empressé, ne prend toutefois pas le temps de juger des possibilités de ce sabre et s'en empare alors qu'il doit accompagner le Shogun pour l'un de ses voyages. Hélas, tout membre émérite de la guerre rapproché qu'il est, il ne peut rien lorsque attaqué par des rebelles, au premier assaut, son sabre se brise. Dans l'incapacité de protéger son seigneur, c'est la honte et le déclassement qui l'attendent malgré sa réputation exemplaire et son irréprochable conduite. Le bannissement sera la sanction prise par son maître avec toutefois, l'espoir d'une réhabilitation prochain une fois, la colère du souverain apaisée. Dramatique est alors la nouvelle pour le jeune Kiyone Sakurai, rendu responsable de la dégradation de celui à qui il doit tout. Tourment supplémentaire, il va se retrouver dès lors dans la complète impossibilité de demander la main de la fille d'Onoda dont il est éprise.
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