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CINE : THE NINES, LE NOUVEAU DONNIE DARKO ? (EXCLU)

CINE : THE NINES, LE NOUVEAU DONNIE DARKO ? (EXCLU)

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    Présenté au dernier festival de Sitges, The Nines, premier long métrage du scénariste John August (Big Fish), est un exercice de style intrigant qui se cherche entre la comédie expérimentale et la dérive fantastique anxiogène. Quelque part entre Steven Soderbergh et Richard Kelly. Dans son genre, très excitant.

THE NINES
Un film de John August
Avec Ryan Reynolds, Hope Davis, Melissa McCarthy
Durée : 1h39
Date de sortie : prochainement

the nines

Premier constat: The Nines fait l'effet d'une révélation même s'il repose sur des éléments éprouvés (structure tripartite, rapport à l'onirisme, personnage aux identités multiples). Dans ce coup d'essai, cette thématique est heureusement déclinée de manière inventive et ludique. D'ailleurs, si on devait lui trouver un jumeau de cinéma, ce serait certainement Ouvre les yeux, d'Alejandro Amenabar pour la construction de l'intrigue en forme de puzzle mental où les désirs capricieux deviennent des ordres, l'exploration de la frontière indicible entre le rêve et la réalité et l'expression d'une quête identitaire à travers un fantasme (ou sa projection). La performance de Ryan Reynolds évoque celle d'Ashton Kutcher dans L'effet papillon, l'acteur s'illustrant - enfin - dans un projet à la hauteur de son talent soupçonné. Sans en dire trop, l'intrigue qui repose sur le mystère et le plaisir de la découverte progressive raconte en un seul bloc trois histoires a priori différentes mais étrangement liées. Le lien est assuré par les acteurs qui prennent un malin plaisir à nous dérouter en profitant d'un scénario à tiroirs. Dans chaque histoire, on retrouve un même personnage principal incarné par Ryan Reynolds dans des rôles dissemblables (un acteur surveillé de très près par son attachée de presse dans la première, un scénariste de soap opéra dans la seconde et un concepteur de jeu vidéo dans la dernière). Leur dénominateur commun réside dans une incapacité immature à faire face à la réalité (l'acteur accepte mal la célébrité, le scénariste ne se doute pas du cynisme du milieu, le concepteur ne veut pas admettre que son couple est en crise). A eux seuls, ces trois personnages Ryan-Reynoldiens constituent une énigme (Sont-ils manipulés? Manipulateurs? Démiurges?). Ils évoluent simultanément dans une atmosphère aérienne contrariée par des événements inattendus et suréels. Les personnages secondaires reviennent eux aussi de manière récurrente dans des rôles opposés mais ils semblent tous vouloir asséner une seule vérité au protagoniste. Celle qu'il découvrira à la toute fin.

the nines

Contrairement aux apparences, il ne s'agit pas d'un plagiat opportuniste de précédents films cultes ni même d'un gentil divertissement vaguement métaphysique mais d'un fil sinueux et inclassable qui a de l'ambition pour son public. A chaque segment, correspond un genre cinématographique (thriller cérébral, comédie trash, marivaudage moderne, film d'horreur). En fonction des variations, toutes les interprétations sont envisageables en accord avec le cinéaste qui ouvre des possibilités sans infléchir un jugement. Certaines séquences donnent à penser que nous sommes dans un purgatoire avec un personnage principal schizophrène entouré d'anges et de démons qui donnent des pistes plus ou moins viables. D'autres, aussi curieuses, démentent cette impression en nous plongeant dans un univers extrêmement réaliste (la seconde histoire qui use de la forme du reportage). Au-delà de cette architecture assez alambiquée, l'intérêt du film réside précisément dans son pouvoir hypnotique qui permet au réalisateur de distiller les images d'un rêve sombre, jalonné de symboles et d'apparitions qui captivent par leur densité ambiguë. Sa collaboration avec Tim Burton sur les scripts de Big Fish et Charlie et la chocolaterie s'en ressent. Peu importe finalement ce qu'il nous raconte: la simple relation entre les acteurs qui changent de personnalité comme de chemises est suffisamment bizarre et drôle pour générer l'intérêt. C'est une aubaine pour tous les comédiens sans exception qui profitent de l'occasion pour dévoiler la richesse de leur palette émotionnelle jusque dans des contradictions.

the nines

Lorsque des interactions surprenantes naissent entre les différentes parties de l'histoire, le film tend à définir ce qui relève de la réalité et de la virtualité et évoque soudainement la possibilité d'un jeu vidéo à la eXistenZ où chaque joueur bénéficie de plusieurs vies. C'est une façon originale à défaut d'être inédite de traiter des paradoxes temporels dans un film gadget où la tension ne faiblit jamais. Incidemment, le récit plein de rebondissements et de faux semblants propose une réflexion sur l'image: celle à laquelle on aimerait ressembler et celle que l'on renvoie aux autres. D'une manière générale, The Nines, concentré paranoïaque où l'obsession du chiffre 9 devient névrotique, invite à se perdre dans des méandres en posant plein de questions et en ayant la politesse de ne pas y répondre. C'est d'autant plus efficient qu'on met du temps à sortir la tête de sa troublante mécanique. Ceux qui n'aiment pas les expériences manipulatoires pointeront du doigt le côté «petit malin prétentieux» de ce film indie US conscient d'arpenter des territoires abscons. Ce serait pourtant se priver d'une proposition de cinéma stimulante, commise avec imagination et talent, qui exploite son concept jusque dans ses plus infimes variations et devrait trouver chez les amateurs de Lost Highway et L'échelle de Jacob une vraie addiction.

Romain Le Vern



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