

Vous venez au festival de Sitges avec Roman que l'on pourrait décrire comme le pendant masculin de May. Mais la version que vous présentez est apparemment différente de celle disponible sur le zone 1. Pourquoi?
Il y a juste la fin qui est différente. En réalité, on l'a sorti aux Etats-Unis avant qu'il soit réellement fini donc le film visible sur le dvd peut être considéré comme inachevé. Sur cette nouvelle version, on a le dénouement qu'on a toujours voulu. Ce qui n'interfère en rien dans le fonctionnement de l'histoire.
Avez-vous choisi le titre du film pour faire une référence à Roman Polanski?
A vrai dire, le titre de la même façon que le scénario viennent de Lucky McKee. Je sais qu'il adore ce prénom. Il est fan de Roman Polanski. Répulsion a été l'une de ses influences pour May. Mais quand on parlait ensemble du prénom «Roman», il ne me parlait pas de Polanski mais plus du prénom. Il aimerait que son enfant s'appelle Roman, par exemple. Pour les filles, il aime les prénoms May, Eva...

Comment est né Roman?
J'ai rencontré Lucky au moment de passer des auditions pour May. Nous avons fait le film, nous nous sommes très bien entendus, nous sommes devenus amis et avons emménagé dans le même quartier. En réalité, toute l'équipe de May est restée une vraie bande puisque nous habitons tous à proximité les uns des autres. Lucky a écrit le scénario de Roman quand il avait 19 ans. Il a essayé de le réaliser à trois reprises mais ça n'a jamais fonctionné. Après May, il a été tenté de faire une nouvelle version et je devais incarner l'un des personnages féminins [NDR. le personnage d'Eva, finalement incarné par Nectar Rose]. Ça lui a pris du temps parce qu'il lui manquait sans doute une distance par rapport au sujet. On en a parlé la première fois ensemble au festival de Sitges, lorsqu'on est venu présenter May tous les deux. Un jour, je me pointe en l'engueulant: «Mais quand est-ce que tu fais ton film?». Il m'a répondu: «si t'es pas contente, t'as qu'à le faire» et j'ai rétorqué: «très bien, je le fais». C'est ce qui s'est passé. On a brisé cette malédiction, mais j'ai précisé que je voulais absolument qu'il joue le protagoniste. Il a accepté. Ce qui est amusant, c'est que dans la première version de Roman, réalisé par Lucky au lycée, Kevin Ford, son ami d'enfance, joue le personnage principal. La seconde fois, il manquait d'argent et n'en a tiré qu'un court métrage. Kevin a toujours cru que Roman était un psychopathe qui voulait tuer des filles. Lucky ne voyait pas ce personnage de cette façon. Pour lui, Roman était un personnage profondément romantique. On se rapprochait doucement de May. D'ailleurs, je considère May et Roman comme des frères jumeaux.
Ça ne vous a pas effrayé de passer directement à la mise en scène?
Non. Je n'avais rien réalisé, j'avais juste interprété des personnages. Je me suis servie de l'expérience que j'ai acquise pendant toutes les années où j'étais comédienne. Pour les conseils de mise en scène, j'étais entourée de personnes qui avaient un background. Ce n'est pas mon film mais le film d'une équipe. Je n'ai jamais été intéressée par la mise en scène même si comme tout le monde ça vous titille secrètement. Quand une opportunité se présente, il faut la saisir. J'ai considéré ça comme un challenge. Roman est avant tout un film expérimental où il n'y avait pas de budget et que j'ai fait entouré de gens en qui j'avais confiance. Par exemple, pour le montage, j'ai été épaulé par Rian Johnson, le réalisateur de Brick, qui avait déjà travaillé sur May. J'ai vraiment fait ça pour le fun et j'ai appris beaucoup de choses. Si bien qu'aujourd'hui je me sentirais prête à retenter l'expérience.

Comment avez-vous dirigé Lucky McKee?
Etant donné qu'il connaissait parfaitement le scénario, il n'avait pas besoin d'être dirigé. Il avait juste besoin que je lui rappelle la scène que nous tournions. D'ailleurs, il joue dans le premier film de Kevin [NDR. When is tomorrow dans lequel elle joue également] avec qui il a tourné de nombreuses vidéos. Il n'avait pas peur de se retrouver face à une caméra.
Comment avez-vous convaincu une actrice comme Kristen Bell de vous rejoindre dans un petit film indépendant?
La vérité, c'est que je connais Kristen depuis 2002. Nous avons travaillé à Broadway ensemble. A l'époque, elle n'était pas connue, elle débarquait de Detroit et s'est retrouvée un peu perdue à New York. Elle a ensuite enchaîné les comédies musicales au théâtre et s'est faite remarquer en partant à Los Angeles. Avant de partir, elle m'avait promis qu'on travaillerait ensemble. Elle a tenu sa promesse.





































