

POUSSIERE D'ETOILES
Projet bizarre, singulier, décalé et ambitieux, Sunshine est un drôle d'objet qui confirme la capacité de Danny Boyle à rebondir après une mode (Trainspotting et les comédies trash au pays de Shakespeare) et un échec (La plage) qui aurait pu coûter sa crédibilité. Millions, son précédent opus, ne lui appartient pas réellement: ce n'était qu'un exercice de commande anodin qui démontrait que Boyle était capable de transformer un script dégoulinant de bonnes intentions en objet formel stimulant avec un dénouement ouvertement cynique. Dans Sunshine, le cinéaste détourne les codes de la science-fiction pour traiter frontalement son sujet: une apocalypse imminente qui menace la planète bleue, en écho aux inquiétudes écologiques actuelles. A l'intérieur de ce canevas, les personnages très caractérisés doivent combattre leurs différences - et peut-être leurs démons intérieurs - pour mener une mission universelle : sauver le monde et, surtout, rallumer le soleil. Le scénario est écrit par son acolyte Alex Garland et ce n'est donc pas un hasard si on distingue quelques unes de ses figures stylistiques récurrentes comme celle qui consiste à introduire un élément perturbateur dans un groupe solidement constitué (la valise pleine de biftons dans Petits meurtres entre amis) ou à scruter le mental d'un personnage qui, confronté à des situations extrêmes, perd la raison (Christopher Eccleston dans Petits meurtres entre amis, Leonardo DiCaprio dans La plage ou Cillian Murphy dans 28 jours plus tard). On retrouve cette même bifurcation scénaristique avec une surprise qui surgit dans le dernier tiers du film symbolisant le combat entre un homme et peut-être un envoyé de Dieu méphitique. Les tentations de survival spatial se révèlent moins convaincantes quoique rudement efficaces. Mais toutes les réserves émises (parce qu'on est méchant) demeurent des poussières d'étoiles. Ce rebondissement, souvent mal accueilli, témoigne en réalité du regard pessimiste de Boyle & Garland qui utilisent souvent des sujets de divertissements pour autopsier le mal.

Dans Sunshine, la vraie question est de savoir si l'humanité mérite d'être sauvée. Sa réponse est filmée à hauteur d'êtres humains imparfaits. En incluant des membres mixtes dans le vaisseau, Boyle sous-entend l'idée selon laquelle les femmes amènent la douceur et la réflexion et que les hommes en sont dépourvus. L'autre idée qui parcourt le film serait qu'avec plus d'organisation et de solidarité, les catastrophes auraient pu être évitées. L'entrée dans l'ancien vaisseau disparu il y a sept ans est plus mémorable pour la tension qu'elle génère que l'enseignement qu'on en retient (la nature a supplanté l'homme). Afin que l'effet soit marquant, Boyle a recours à des images presque subliminales des anciens astronautes dont le visage euphorique prend tout l'écran. La simple vision de ces photos crée plus d'angoisse par le décalage provoqué que par la simple possibilité qu'une menace rode. Ailleurs, des mouvements de caméra et des jeux sur les flashes accentuent la dimension paranoïaque. C'est là où Boyle est fort: il construit son film de science-fiction comme un authentique film d'horreur à base de contrastes et de subversions.
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CINE : SUNSHINEUne fois de plus écrit par son compère Alex Garland, le nouveau film de Danny Bo... | ||
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CINE : SUNSHINE





































