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DEBAT DE LA REDACTION : GUS VAN SANT

DEBAT DE LA REDACTION : GUS VAN SANT

Tout sur PARANOID PARK - La Critique - Photos - Le 2007-10-22 05:28:30


Alors que son nouveau film, Paranoid Park, sort dans nos salles ce mercredi 24 octobre, Gus Van Sant crée le débat au sein de notre rédaction sur le thème "Le phénomène Gus Van Sant, comment le ressentez-vous ?" Réponse dans les lignes qui suivent. Présents: Rafik Djoumi, Nicolas Houguet, Nicolas Chestier, Jean-Baptiste Guégand, Alex Masson et Romain Le Vern.


Rafik Djoumi : Ha bon ? Y'a un « phénomène » Gus Van Sant ? Je débarque. J'avais plutôt tendance à classer ses récentes démonstrations dans les épiphénomènes microculturels des festivals et de certains cercles citadins. Mais qu'importe. A titre personnel, Gus Van Sant est un réalisateur qui chez moi est passé de la section « oui pourquoi pas » à la section « non mais attends là ! Y'a un problème je crois ».

Assez curieusement, son nom a commencé à circuler en France dans des milieux djeuns à tendance légèrement geek. Le magazine Starfix (dans sa période mouvance urbaine) avait fait sa couverture avec Drugstore Cow-boy et organisé l'avant-première à Paris. Deux ans plus tard, c'est le Cinéphage qui, entre un John Woo et une interview de Miyazaki, avait buzzé autour de My Own Private Idaho. A cette époque, et jusqu'au film Prête à tout, Gus Van Sant rimait avec une idée tout à fait honorable du cinéma américain dit « indépendant », adaptant Shakespeare ou Tom Robbins avec un bon esprit de troupe de théâtre de rue, malgré son côté fashion et sa mise en scène pas toujours inspirée.


Puis tout d'un coup, peut-être poussé par un désir de reconnaissance plus large, le bonhomme a décidé d'intégrer le cheptel des vendus, que les frères Weinstein dressaient et refourguaient aux grands studios. Et là il te fait d'affilée trois films qui synthétisent pratiquement tout ce qu'il y a de détestable dans le cinéma hollywoodien : Good Will Hunting, la guimauve propre sur elle, puritaine, faux-cul et donneuse de leçons ; Psychose, le remake le plus atrocement laid et le plus inutile de l'Histoire des bouses, Finding Forrester, que même Brett Ratner il oserait pas descendre aussi bas dans le consensuel et le politiquement correct. Et apparemment, Van Sant en est conscient et satisfait, puisqu'il apparaît dans Jay et Silent Bob contre-attaquent, occupé à compter des liasses de billets tout en faisant semblant de diriger Good Will Hunting 2 : Hunting season. Donc il semble assumer sa nouvelle situation avec un cynisme non feint. Tant mieux pour lui et pourquoi pas après tout.

Mais là où ça ne va pas du tout, c'est lorsqu'il décide un beau matin de piller de long en large l'oeuvre d'Alan Clarke pour prendre d'assaut les festivals. Je résume pour les ceusses qui ignorent tout du personnage : Alan Clarke, c'est un réalisateur anglais décédé en 1990, qui a été le chef de file du renouveau du cinéma social british. Travaillant exclusivement pour la télé, il a développé un style de mise en scène qui se voulait « objective », à base de caméra à l'épaule et de steadycam, et qui offrait au spectateur l'opportunité de pénétrer l'univers de jeunes ados à la dérive en épousant au plus près leur point de vue (souvent en les suivant de dos en de longs travellings), sans jugement marqué de la part de l'auteur, et quasiment sans le contrechamp des autres personnages qui jugeaient ses héros. A travers des téléfilms tels que Scum, Made in Britain, The Firm ou Elephant (oui, oui, c'est bien le titre !), Alan Clarke a contribué à lancer les carrières de comédiens tels que Tim Roth ou Gary Oldman, et a très largement inspiré ses collègues Stephen Frears, Mike Leigh et Ken Loach. Pour une raison qui m'échappe encore, cet authentique cinéaste a toujours été royalement ignoré par la critique et le public français, malgré la diffusion à l'époque de ces ouvres à la télé (sur feu La Sept) et dans plusieurs festivals.


Il a donc fallu que Gus Van Sant fasse son propre Elephant et avoue s'être inspiré de Clarke pour que les chroniqueurs se réveillent. Néanmoins, s'il se permettait de reprendre quasiment à l'identique certains trucs de mise en scène d'Alan Clarke (vieux de vingt ans donc !), Gus Van Sant s'était également chargé au passage de les débarrasser de toute leur charge politique, de l'agressivité et de la vivacité du regard qui était le propre du cinéaste anglais. Rompu à vendre de la soupe, en packs de douze, à travers les trois films de studio infâmes que j'ai cité plus haut, Gus Van Sant a opéré cette fusion pas si inédite que ça entre le consensus hollywoodien le plus blafard et l'apparence, seulement l'apparence, du cinéma social engagé. La critique et l'Académie, dont la mémoire cinématographique ne dépassent pas celle d'un poisson rouge, s'est donc logiquement entichée de ce cinéma bien bourgeois, shooté au valium, qui sait ménager la bonne conscience de son spectateur en évitant de bousculer ses certitudes. Van Sant s'était déjà vendu aux studios ; maintenant il se vend aussi à la hype, avec du faux cinéma indé qui ne fait pas tâche sur la couv' de Cosmopolitain et dont on aime bien causer entre deux défilés Gucci.

Vous m'excuserez ; le « phénomène » me passe un peu au-dessus de la tête. J'en resterai donc à My Own Private Idaho et à mes DVD d'Alan Clarke.

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hazel_motes_7 Gus Van Sant    22 oct
 


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