
L'HOMME SANS AGE
Un film de Francis Ford Coppola
Avec Tim Roth, Alexandra Maria Lara, Bruno Ganz
DAte de sortie : 14 novembre 2007

A la manière de ses confrères David Lynch et Brian de Palma, Francis Ford Coppola semble traverser une remise en question de son propre cinéma et prendre un plaisir non dissimulé à farfouiller dans des zones plus dérangeantes, moins connues. Il faut prendre son nouveau long métrage par le bon bout de l'expérimentation. Le cinéaste successful, souvent assimilé aux projets ambitieux, propose sans crier gare une oeuvre très paradoxale à la fois désuète et moderniste, déceptive et décevante, étrange et obsédante, incarnée et poussiéreuse. Le fil narratif répond aux caprices du roman très ambitieux de l'écrivain Mircea Eliade et adopte la forme d'un roman-photo compilé par Magritte. L'auteur roumain y relatait le destin d'un professeur de linguistique frappé par la foudre qui se mettait à voyager à travers le temps et l'espace en vivant une histoire d'amour éternelle, en quête des origines du langage, tandis que son don miraculeux attirait les convoitises. Son adaptation, que l'on aurait pu fantasmer par un Darren Aronofsky (ça ressemble à un mix entre Pi et The Fountain) ou George Roy Hill (le méconnu Abattoir 5) constitue une gageur casse-gueule qui réclame une ampleur et une invention de chaque instant.

A l'écran donc, Coppola se joue des paradoxes temporels dans un kaléidoscope d'images et de sensations. Avec plus ou moins de réussite, il distille une tension paranoïaque sur une toile de fond historique délétère (la seconde guerre mondiale), utilise des symboles ostentatoires, prend le miroir comme élément érotique, enregistre les chevauchements temporels à travers une simple horloge, superpose les couleurs chaudes et froides, propose un récit à la première personne du singulier et veut désarçonner. Pourtant, on devine ce qui a pu attirer Coppola le visionnaire dans ce voyage initiatique évoquant à la fois Jules Verne et La quatrième dimension. Le réalisateur de Rusty James témoigne d'ailleurs dans ce choix d'un sursaut d'ambition dont on ne le croyait plus capable depuis Dracula il y a quinze ans. Au centre de ce dédale nourri de réminiscences, Tim Roth campe un personnage de Dorian Gray tristouille qui décrypte les langues mortes avec suffisamment d'aisance pour qu'on ait envie de l'accompagner jusqu'au bout. Même si l'acteur semble lui-même totalement dépassé par l'expérience.
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