LE COIN DU CINEPHILE : UN JOUR, UN CHAT (VOJTECH JASNY)
Tout sur AZ PRIJDE KOCOUR - Le 2007-10-23 03:10:25"Toutes les séquences colorées, comme celle où Robert et Diane, tout rouges, paumés dans un rêve devenu réel font des entrechats champêtres, des parties d'échec où des verres de vin remplacent des pions, sont sublimes."
Voilà le genre de film qui donne envie d'être raconté sur le mode du «il était une fois». Normal, nous sommes dans la sarabande surréaliste, colorée, naïve, utopique, ouverte et fermée par un ménestrel qui observe la ville du haut de la tour d'un château où il guide les touristes et présente les personnages. Il était une fois donc Un jour, un chat (Az prijde Kocour), film tchèque réalisé par Voljtech Jasny en 1963, produit par Ceskoslovensky Film, qui pourrait être une comédie musicale. Une comédie musicale qui use du Technicolor comme Minelli sans imposer de chansons niaises. Jasny ne conservé que le tempo, l'écume d'une mélodie, la saveur des notes pour que le spectateur apprenne à savourer l'essentiel, la simplicité d'une musique sublime (celle de Svatopluk Havelkaet) et se débarrasse in fine de ses préjugés superflus. Ça a le goût d'une comédie musicale mais ça n'en est pas une. C'est mieux que ça, à tous les niveaux. Ici, on voit pendant vingt longues minutes la présentation d'un village sclérosé, plongé dans un gris camaïeu, englué dans l'hypocrisie, où un directeur d'école coincé dans son uniforme rigide tape dans les mains lorsque son gardien ivrogne tourbillonne avec une cigogne empaillée, tuée la veille. Si bien que l'ivresse lui donne le tournis (la caméra virevolte en même temps que lui). Seul contre tous, Robert (Jan Werich, la révélation de l'époque), un instituteur qui apprend à ses élèves à respecter la nature, à caresser sa beauté, à voir dans leurs copies d'examens des choses qu'on ne voit pas ailleurs, à se révolter silencieusement contre le conformisme rampant.
Tout ça, c'est avant que la troupe de forains (un vieux magicien qui ressemble étrangement au ménestrel; Diane, une trapéziste au regard Hepburnien de velours; un chat mystérieux) débarque, en fanfare. Chausse les chaussons rouges de Powell. Fasse résonner une musique RoyAnderssonnienne des petits matins qui chantent. Exécute des tours de magie hallucinants. Propose un spectacle pacifique qui brocarde par des images et des métaphores à la Rimbaud tous les travers du petit village. Et enfin offre le clou du spectacle: le tour du chat Mourek qui enlève ses lunettes et colorie par son regard d'or les émotions indistinctes de tous les membres présents dans la salle. Les enfants se réjouissent qu'on donne aux êtres humains les couleurs de l'arc-en-ciel. Les adultes, divisés en rouge (les amoureux), en violet (les menteurs), en gris (les voleurs) et en jaune (les infidèles), s'obstinent à faire la grise mine et certains d'entre eux n'hésitent pas à lancer des pierres sur le chat magicien. D'autres succombent à une transe psychédélique et dansent pour faire swinguer l'absurdité de leur existence. Les jours passent, les hypocrites du village enfin révélés veulent traquer le chat et le réduire à l'état de cigogne empaillée. Pendant ce temps, Robert, l'instituteur, et Diane, la trapéziste, foudroyés par un simple regard, essayent de retrouver le chat avant les chasseurs.
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