toutes les news CINE : LES ROIS DE LA GLISSESommaireUN BAISER S'IL VOUS PLAIT : EXTRAIT 2
INTERVIEW : SEBASTIEN JAUDEAU (LA PART ANIMALE)

INTERVIEW : SEBASTIEN JAUDEAU (LA PART ANIMALE)

Tout sur LA PART ANIMALE - galerie de photos - Le 2007-10-24 03:38:08


    Toqué de Dumont et de Grandrieux, Sébastien Jaudeau aime le cinéma inconfortable qui ne caresse pas le sens du poil et fait appel à nos pulsions secrètes. La part animale, son beau premier long métrage, suscite beaucoup de questions. Le réalisateur, ouvert et érudit, apporte les réponses.

la part animale

Comment est né le film?
Au départ, La part animale devait être réalisé par Andrzej Zulawski. Je sais même qu'un scénariste avait commencé à plancher dessus. C'est le roman de Yves Bichet qui au départ a retenu mon attention. Lorsque je l'ai lu, j'ai trouvé ça très éloigné de moi en même temps qu'il m'a touché intimement. Je ne savais pas où je foutais les pieds mais je trouvais que c'était un support formidable pour un premier long métrage. Même si le résultat n'est pas focalisé sur la narration, je me souviens que pendant la lecture, des idées de scène me venaient à l'esprit. J'ai commencé à travailler avec Bichet sur différentes versions du scénario. Je n'avais pas envie de renier ce que j'avais fait auparavant et j'avais plus envie de voir comment je pouvais m'accaparer la fiction. Dans le roman, j'aimais beaucoup le rapport que le lecteur pouvait avoir avec le personnage principal. Le fait que ce soit un homme dans l'acceptation. J'ai vraiment envie que les gens confortablement assis dans leur siège qui pensent que c'est seulement lié à une problématique des gens de la campagne soit surpris. Notamment dans la scène de l'adultère ou celle qui met en parallèle une scène d'amour et la masturbation agricole. Dès la lecture du roman, j'étais plongé dans des scènes ayant un impact visuel fort. Cela correspondait à ce que je voulais: impressionner. Pas au sens d'épater ni de provoquer dans le mauvais sens. Mais dans l'idée d'aller chercher le spectateur. Je voulais un choc esthétique et émotionnel. J'aime les idées qui restent ou celles, plus douces et surréalistes, comme le sanglier. J'adore l'imprévu. Les scènes qu'on ne voit pas venir et qui du coup vont laisser une trace qu'on ne maîtrise pas. Je ne sais pas comment La part animale vieillit chez le spectateur. Mais a priori je mise sur le lâcher-prise pour que des choses inconscientes se mélangent avec le film. En somme, que les images fonctionnent comme des souvenirs. Je suis plus intéressé par l'impression que les spectateurs auront du film a posteriori. La part animale est proche de la musique. Il y a un vrai travail rythmique où le spectateur doit être dans un rapport de fascination, plus que de compréhension. Plus on saisit les choses après coup, plus on est apte à mettre en perspective ce que l'on vient de voir.

la part animale

Est-ce que vous vous êtes freiné dans l'abstraction de peur d'aller trop loin?
La première note d'intention - et j'ai mis du temps avant de faire le film -, c'est la volonté de rentrer dans la tête du personnage principal. Je voyais toute la dernière partie du film avec la tragédie inéluctable en pointillé et au premier plan le héros qui semble déconnecté des situations. C'est comme s'il regardait ailleurs. Il y avait une volonté de déréaliser l'histoire sur sa fin. Le personnage d'Etienne est à la fois fasciné et oppressé par cette histoire. Pendant un long moment, il n'a pas d'emprise sur cette histoire. C'est presque un ange. Quelqu'un de préservé, pas armé pour vivre ces choses-là. Lorsqu'il se jette à l'eau, il a un contact physique avec la nature. Cette histoire est outrancière et ça n'est intéressant que si lui accède à autre chose. Maintenant, l'abstraction ne me fait pas peur. C'est pour cette raison que je parle avec plus d'aisance du film aujourd'hui. La part animale sert de matrice pour la suite. Il contient une part documentaire où j'ai dû me confronter à une réalité. Mes courts métrages étaient tous abstraits, sans dialogue. Il fallait que les scènes de dialogue paraissent crédibles. Je ne supporte plus au cinéma quand la base n'est pas présente. J'ai vraiment besoin d'un certain nombre de garanties, sauf si je regarde un film surréaliste. C'est dû à ma vision du réel, moins à une vision de cinéma. Pour moi, la réalité appartient au fantastique. Elle est fantastique. Ce que je cherche à restituer dans La part animale, c'est l'expérience de quelqu'un qui à un moment a l'impression que les événements sont improbables. Le paysage n'est pas une carte postale. On ne sait pas ce qui se cache derrière un paysage. J'ai toujours été fasciné par la «réalité». Lorsque la mise en scène est surréaliste ou onirique, c'est uniquement parce que j'ai la sensation que ça n'appartient pas qu'à l'art ni au cinéma. Cet équilibrisme vient d'une volonté d'être fidèle à une expérience intime qu'une aventure cinématographique. Ce n'est pas déconnecté de la réalité.

> Lire la suite de l'article

  

[p1] [p2]

vos avis Ajouter un avis
 


Imprimer cet articleEnvoyer cert article à un ami

Notez ce film

note des internautes :
9.2/10
(5 votes)

Les autres films

 
agenda cinema
 
blogs