
CINE : LE TEMPS DES ADIEUX
Tout sur le temps des adieux - La Critique - Photos - Le 2007-10-25 16:20:59LE TEMPS DES ADIEUX
Un film de Mehdi Sahebi
Avec Guiseppe Tommasi
Durée : 1h03
Date de sortie : 31 octobre 2007
« Je suis prêt à mourir. Est-ce qu'on continue ? ».
Dans une heure et trois minutes Giuseppe Tommasi sera mort. Ce Suisse était un junkie de 44 ans, atteint du Sida et d'un cancer de la clavicule. Le temps des adieux suit ses derniers mois en clinique. Une heure trois minutes pour résumer une vie alors qu'elle va quitter un corps. Par l'initimité d'une image vidéo, Tommasi fait son bilan. Histoire de partir en paix, si possible. Pas de larmes, pas d'apitoiement. Juste le parcours d'un gars pas tout à fait ordinaire. Son C.V est celui de n'importe quel candidat aux faits divers : fils d'immigré italien placé par la D.A.S.S locale pour avoir fait partie d'une famille trop nombreuse logeant dans un appartement trop petit pour remplir les lois suisses sur l'hygiène familiale. Une famille adoptive qui le prend comme enfant par défaut, un mariage avec enfants qui bat de l'aile et la fuite dans la défonce. Tommasi raconte sa vie face caméra avec une absolue honnêteté.

Pour ses derniers mois de vie, il a décidé de reprendre les rênes de son destin, pour solder les comptes de son karma, mourir non pas en junkie, mais en homme. Le temps des adieux est une sorte d'ultime négociation avec son destin. Mais aussi avec la mécanique corporelle quand elle commence à nous échapper. Mehdi Sahebi s'astreint au même discours que celui de Tommasi : plus de mensonges ni de fuites en avant, juste la conscience des réalités d'une situation extrême. Il filme sans fard ce mourant, ne détournant jamais ni l'objectif, ni un sens de l'objectivité, pour une captation sur le vif d'une agonie faite de douleurs mais aussi de satisfactions. Aucune trace de voyeurisme ou d'exhibitionisme. Encore moins de cours de morale. On n'est pas dans une campagne de pub signée Toscani pour Benetton. Ni dans un film coup de gueule d'Ulrich Seidl. Il n'est pas question ici de pointer du doigt les dysfonctionnements d'une société ou les incapacités du corps médical à soulager des souffrances. Il est de toutes façons trop tard pour poser ce genre de questions. Le Temps des adieux n'a qu'une ambition : être dans l'instant présent pour accepter sans colère, sans aigreur ni peur l'impermanence des choses. Ce regard frontal est plus difficile à supporter que certaines images du film (Giuseppe se fait son dernier shoot, Giuseppe dans ses dernières discussions avec ses enfants) parce que doux, en état de résilience. Mais aussi parce qu'il s'attaque au plus grand des tabous occidentaux, la perception de la mort. Il est forcément dérangeant de voir un homme qui devient lumineux, sage à son approche ; de voir une mort devenir une déchirante leçon de vie. Surtout quand en parallèle, le corps s'altère toujours plus rapidement. Plus encore que par l'idée d'un homme qui gagnerait un supplément d'âme au moment de disparaître, Le temps des adieux bouleverse en rappelant que la mort, pour aussi douloureuse qu'elle puisse être n'est pas forcément violente, peut être une source de paix. Que le plus difficile n'est sans doute pas de mourir, mais de savoir s'imprégner de la vie. En effectuant un travail de reconnexion avec des questionnnements fondamentaux que l'on a tendance à refouler, cacher dans un coin de notre inconscient, Le temps des adieux devient bien autre chose qu'un documentaire en conditions extrêmes, un film humaniste et indispensable.
Alex Masson





































