
CINE : LA CLEF, LE NOUVEAU GUILLAUME NICLOUX
Tout sur LA CLEF - La Critique - Photos - Le 2007-10-25 14:31:36LA CLEF
Un film de Guillaume Nicloux
Avec Guillaume Canet, Marie Gillain, Vanessa Paradis
Durée : 1h56
Date de sortie : 19 décembre 2007

Depuis peu Eric Vincent, trentenaire sans histoire, a un fort sentiment de malaise. Un matin, un inconnu l'appelle pour lui proposer de récupérer les cendres de son père. D'abord réticent, il finit par accepter et se retrouve plongé au coeur d'une machination infernale. Beau cauchemar, La clef est au cinéma ce que la physique quantique est au calcul sur les doigts. C'est-à-dire une oeuvre tellement étrange qu'on se demande si sur ce coup-là Guillaume Nicloux ne serait pas dingue à clouer au sol. Plus abstrait que dans ses expérimentations passées, le cinéaste prend ici un malin plaisir à déconstruire tout ce qui s'apparente aux codes usuels de la narration, à multiplier les autocitations, à hacher son montage sans précaution et risque d'être assimilé à un David Lynch français pour l'incapacité du spectateur à résumer clairement l'histoire une fois sorti de la projo. Pour la beauté de surface (comprendre la séduction plastique). Pour le goût du fantastique ouaté qui contamine le réel. Comme le réalisateur de Mulholland Drive, Nicloux trouve de la beauté dans la laideur et de la laideur dans la beauté. Mais avant de parler de Lynch, mieux vaut parler de Roman Polanski (Nicloux faisait inconsciemment ou non référence au Locataire dans Une Affaire privée). D'une descente aux enfers à la fois réaliste et névrotique où tous les petits riens sont sources d'ennui, les regards torves synonymes d'agression latente. Il y a chez lui une peur manifeste du contact humain, une peur paranoïaque du complot, une absence de confiance en son prochain. C'est simple: à chaque fois que le personnage de Guillaume Canet roule en bagnole, on a l'impression qu'une voiture va surgir au détour d'un plan, dans la profondeur de champ, et le percuter de plein fouet. L'installation d'une pareille atmosphère réclame de la minutie et du temps. Là où certains risquent de s'ennuyer ferme, d'autres vont se prendre au jeu avec une délectation pas feinte. Autant le dire illico: on appartient à la seconde catégorie.

Pour que l'on ne soit pas totalement perdu (un tel casting - Guillaume Canet, Jean Rochefort, Vanessa Paradis - aurait pu laisser supposer une oeuvre popu plus consensuelle), les personnages principaux de La clef sont des fils conducteurs que l'on connaît déjà si on a déjà visionné quelques films de Guillaume Nicloux. Fragmenté, le récit propose la réunion de deux personnages principaux: celui d'Une affaire privée (le détective privé François Manéri incarné par Thierry Lhermitte, toujours avec sa clope au bec) et de Cette femme-là (la flic Michèle Varin par Josiane Balasko, toujours dans ce même état de somnambulisme). Par leur simple présence, ils nourrissent la substance d'une nouvelle aventure (toute la partie avec Guillaume Canet). On peut aussi voir dans cette addition une sorte de film-somme labyrinthique où Nicloux donne un prolongement à ses précédents films, histoire de faire durer le plaisir et de répondre à l'état d'apparente frustration laissé par les dénouements pirouettes de ses deux opus susmentionnés. Quoiqu'on en dise, le résultat est au moins riche en promesses puisque les mêmes personnages et les mêmes acteurs devraient revenir de manière récurrente dans son cinéma. Et ceux de La Clef dans des oeuvres futures. On pourrait arguer que l'auteur a eu cette fois-ci les yeux plus gros que le ventre et que les trois intrigues parallèles auraient très bien pu nourrir trois films indépendants. Mais à aucun moment, Nicloux ne bâcle. A aucun moment, il sent le besoin de créer des raccourcis ni même de donner des solutions miracles. Ses personnages prennent le temps de vivre des situations rocambolesques et de s'en tirer comme ils peuvent. Parfois de manière insolite, saugrenue.




















































