
DOCUMENTAIRE : J'AI TRES MAL AU TRAVAIL
Tout sur j'ai (tres) mal au travail - La Critique - Photos - Le 2007-10-30 05:14:47J'AI TRES MAL AU TRAVAIL
Un documentaire de Jean-Michel Carré
Durée : 1h22
Date de sortie : 31 octobre 2007

Le documentaire de Jean-Michel Carré n'a pas pour propos de dénoncer, de s'offusquer. Il ne se permet jamais de proposer des solutions, d'envisager des réponses au problème du mal-être des français au travail. J'ai très mal au travail se contente de constater, au travers de chiffres, de témoignages et d'interventions de spécialistes. Il n'en est que plus implacable. La force du film vient surtout de son entière objectivité, de son regard chirurgical ; mais elle s'explique également par l'introduction de l'humour, qui vient alléger le ton du documentaire. Des extraits de publicité, de films - OSS 117 par exemple, avec Jean Dujardin qui cherche une définition du mot "travail" - et l'apparition d'un témoin, Max, cadre supérieur auteur d'un célèbre Blog et dont le visage est remplacé par un ordinateur, viennent dynamiser le film. Tous ces matériaux de "récupération" prennent, dans le cadre du documentaire J'ai très mal au travail, un sens nouveau, puisqu'ils désignent d'une façon à la fois précise et légère, le phénomène même que tente de décrire le réalisateur. Au même titre que les images d'actualité, les spots publicitaires et extraits de films ont ceci de particulier en effet qu'ils agissent comme des révélateurs de phénomènes sociaux. Ils les précèdent, les annoncent.

Dans une enquête menée récemment, que cite Jean-Michel Carré, le travail arrive en deuxième position comme condition du bonheur après la santé mais devant la famille, l'argent et l'amour. Cependant, le travail est aussi un facteur déclenchant de stress, de dépression, de suicide, synonyme qu'il est parfois de harcèlement, de violence, de pressions en tout genre. C'est cette contradiction entre nécessité et souffrance, intégration sociale et mal-être, qui fait que quand le sentiment d'exploitation naît chez le travailleur, qu'il soit ouvrier ou cadre supérieur, le mal-être ne fait que s'amplifier. En effet, tant que ce phénomène de souffrance personnelle au travail sera contrebalancé par la souffrance sociale du chômage, il demeurera toujours extrêmement difficile d'avouer aux autres et à soi-même que notre travail nous détruit peu à peu.

J'ai très mal au travail, au contraire, cherche à légitimer cette souffrance en lui trouvant une explication : la réorganisation progressive qui a été faite du travail, les nouvelles techniques de management notamment, ont peu à peu banalisé l'usage de la culpabilisation du salarié, le "harcèlement stratégique" et l'injustice. Ainsi, en remontant à la source des souffrances personnelles, Jean-Michel Carré désigne l'origine à la fois humaine et politique du mal-être individuel. La mise en parallèle de l'univers du management et du quotidien des salariés, de leur réalité personnelle, permet ainsi de traduire en termes sociaux et politiques ce qui est d'abord intime et personnel. Le documentaire de Jean-Michel Carré, en élargissant progressivement le champ de vision du spectateur, parvient enfin à redonner toute sa mesure à un phénomène social de grande ampleur.
Mathilde Durieux
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