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JOYCE CAROL OATES, AU COEUR DES TOURMENTS (BLONDE)

JOYCE CAROL OATES, AU COEUR DES TOURMENTS (BLONDE)

Joyce Carol Oates est un nom encore trop peu connu du grand public alors qu'elle est sans conteste l'un des écrivains majeurs de notre époque. A l'occasion de la sortie de Blonde en DVD, adapté de son roman inspiré de la vie de Marilyn Monroe, il convient de faire la lumière sur cette grande femme de lettres à la langue soutenue, au style élégant et aux thèmes souvent très sombres. Elle a été pressentie pour recevoir le Nobel de littérature et fut plusieurs fois lauréate du prestigieux prix Pulitzer. Cela donne une idée de son envergure, à la hauteur des plus grands écrivains vivants, comme Philip Roth,qui n'a d'ailleurs lui même pas connu une très bonne fortune dans les adaptations cinématographiques tirées de son oeuvre.


Elle n'a pas connu au cinéma ou à la télévision des adaptations qui rendaient justice à la complexité de son univers. Blonde reste cependant l'une des adaptations les plus réussies, quoiqu'expurgée de toute la violence du roman et ses détails sur la douleur, la folie, l'humiliation, la manière dont Marilyn a été maltraitée, évoquée souvent de façon crue et parfois insoutenable. On peut citer Foxfire, avec la jeune Angelina Jolie dans un beau rôle, mais dans une adaptation encore très lointaine de son roman Confessions d'un gang de filles (qui se passait dans les années 50 alors que le film se déroule dans les années 90). Blonde, son oeuvre la plus notable, est à découvrir absolument, que l'on aime Marilyn Monroe ou pas, car c'est une grande oeuvre littéraire qui déploie absolument tout le potentiel d'un grand roman, un très beau style et une structure complexe et admirablement maitrisée. Son adaptation dans ce téléfilm de prestige n'en dévoile qu'une facette, la plus littérale, forcément la plus superficielle et la plus asceptisée aussi. Sans le trahir le moins du monde, on y retrouve pas le point de vue riche qui émerveille dans le livre.

Mais c'est comme si le cinéma craignait d'explorer d'explorer les thèmes souvent morbides de la grande dame jusqu'au bout. Le même genre de réserves a pu se manifester lorsqu'il s'est agi d'adapter le grand James Ellroy. Oates partage avec lui la noirceur, un goût certain pour la part d'ombre. Terrain où le cinéma rechigne souvent à s'aventurer.


Oates est cependant beaucoup plus délicate et raffinée dans son style que l'enfant terrible de Los Angeles. Elle rappelle souvent l'élégance d'un Henry James, le style précieux et maitrisé d'un Marcel Proust. C'est une constante dans son oeuvre, elle raconte l'histoire en explorant l'intériorité de ses personnages,suggérant leurs non-dits, leurs douleurs intimes. Elle est aussi la première à faire ressentir ce qu'est le corps féminin, dévoiler son mystère sensuel et douloureux, explorer ses névroses, sa fragilité, aller au plus profond. Ainsi Blonde finit par évoquer moins Marilyn que la vie d'une femme, ce qu'elle ressent, dans son corps et dans son âme. Comment traduire cet art de la suggestion au cinéma? C'est tout simplement impossible. Et lorsque Oates brouille la temporalité, évoque des sensations, des souvenirs, avec la virtuosité d'un Faulkner, dans cette langue noble qui est la sienne, on se dit qu'il faudrait une virtuosité immense, celle d'un Lynch ou d'un Bergman pour évoquer toute la richesse des existences profondes qu'elle parvient à coucher sur le papier.

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