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PORTRAIT : VIGGO MORTENSEN, ARTISTE INTEGRE

PORTRAIT : VIGGO MORTENSEN, ARTISTE INTEGRE

Tout sur LES PROMESSES DE L'OMBRE - La Critique - Photos - Le 2007-11-07 04:56:21


Les Hobbits attendent Gandalf au village de Bree, dans l'auberge du Poney fringuant. Dans un coin sombre, un rôdeur les oberve, le regard éclairé un moment par le foyer de sa pipe. Lorsque l'anneau retombe sur le doigt de Frodon, il va prêter secours aux voyageurs et dévoile son visage pour la première fois. Ainsi apparaissait Aragorn dans Le Seigneur des anneaux: La Communauté de l'anneau de Peter Jackson, premier volet de sa trilogie fondamentale adaptée de l'oeuvre de Tolkien, sous les nobles traits de Viggo Mortensen. L'acteur était de ceux que l'on connaissait, que l'on avait aperçu dans des seconds rôles, dans des films importants (l'Impasse de Brian de Palma, The Indian Runner de Sean Penn) ou pas (A armes égales, Massacre à la tronçonneuse 3). Il était un visage familier que l'on peinait jusque là à identifier, comme une vague connaissance. Avec ce rôle, il s'imposait comme une icône du cinéma contemporain, emblématique d'une oeuvre audacieuse, ambitieuse, inédite, à la hauteur d'un personnage immense.


Mortensen, on pourrait le croire, connaît une reconnaissance tardive. Il a près de 50 ans et est devenu une star voici seulement quelques années. Cependant, l'homme est atypique comme sa carrière. Photographe émérite et poète reconnu, il rappelle un peu quelqu'un comme Sam Shepard (grand écrivain et dramaturge). Il est plus qu'un simple comédien, sa carrière n'est pas sa raison de vivre et il est dans une quête artistique totale. Ainsi on ne peut le juger uniquement à l'aune finalement réductrice de sa filmographie. Car ce qu'il apporte à Aragorn ou à Cronenberg, c'est sa sensibilité profonde, cette compréhension intime, cette façon de se mettre totalement au service de l'oeuvre à laquelle il participe. On découvre d'ailleurs dans ce que l'on peut voir des tournages que l'homme est disponible, calme et qu'il est véritablement une force positive dans l'oeuvre en train de se faire, sans que son ego se mette en travers.

Il a donc mis du temps à être au bon endroit et au bon moment, malgré au moins deux fulgurances. The Indian runner de Sean Penn fut la première. Comme tous les films du grand cinéaste, l'oeuvre est en dehors des sentiers battus, inattendue et marquante, on la garde avec soi pendant un moment, cela agit sur vous comme quelque chose que vous ne comprenez pas tout de suite, ça s'inscrit en vous comme une obsession. Il filme des héros tourmentés, en miettes et en rupture avec la société. Deux acteurs incarnent ça avec force et fièvre dans son univers: Jack Nicholson et Viggo Mortensen. Dans The Indian runner, il incarne un homme brisé par le Vietnam, qui ne parvient pas à réintégrer la société. On assiste à sa fuite sans issue, à sa détresse incontrôlable qui retombe sans cesse sur les épaules de son frère. Le personnage est bouleversant car il vibre d'une vérité presque dérangeante. Car il ressemble à ces gens condamnés, paumés, que nous avons tous croisés sans avoir su quoi faire ou quoi dire pour les retenir, les empêcher de courir à leur ruine. Il ne s'agit pas de malédiction, de pose christique, de quelqu'un qui souffrirait pour les péchés des autres mais plus d'un mal-être si profond qu'il est devenu irréversible, incurable. Ne reste que la fuite et l'impasse, inexorable issue, qui, même si elle est prévisible, n'en demeure pas moins déchirante. Mortensen fait exister ce personnage, évoque ces hommes égarés, éveille les souvenirs de ces âmes perdues avec une force intense, impressionnante d'authenticité. Il personnifie la détresse d'un être traqué par ses démons, désemparé. Peut-être que son nom ne s'est pas imposé avec ce film, mais son personnage reste, indélébile, vibrant de toute sa fureur désespérée. Un très grand rôle dans un très grand film.


Il incarne un beau second rôle dans le chef d'oeuvre de Brian de Palma L'Impasse (partageant une nouvelle fois l'affiche avec Sean Penn, mais en tant qu'acteur cette fois). Ce film, avant d'être un film de Gangster, avant d'être presque le prolongement négatif de Scarface, est une oeuvre majeure sur la rédemption. Chacun en est une représentation. Pacino est le repentant. Sean Penn est le corrompu. Mortensen, dans un rôle plus secondaire s'inscrit parfaitement dans cette thématique: il est le pitoyable, rongé physiquement par sa disgrâce. Il est un repris de justice autrefois magnifique et charismatique qui accepte sans gloire et alors qu'il est en fauteuil roulant de porter un mouchard pour faire plonger de nouveau Carlito Brigante et bénéficier d'une remise de peine. Mortensen dépeint sans aucune complaisance ce raté pathétique, qui n'a même plus assez de fierté pour être vil et qui n'est plus qu'un geignard qui pleurniche sur sa splendeur passée. Encore un rôle dur, ingrat et assez peu fait pour s'imposer, mais qu'il sert avec une belle conviction. Il ne cherche d'ailleurs jamais l'empathie et le clin d'oeil, on le sent au coeur du personnage, au plus près de ce qu'il ressent, adoptant sa voix, ses poses, ses gestes.

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