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DOSSIER : SHAKESPEARE et JAMES GRAY

DOSSIER : SHAKESPEARE et JAMES GRAY

Tout sur LA NUIT NOUS APPARTIENT - La Critique - Photos - Le 2007-11-09 09:53:33


James Gray face à Shakespeare, Corneille et Racine ou le cinéma face à l'appétence du théâtre

Quiconque a vu les trois longs métrages de James Gray ne peut être que saisi par l'attention qu'il porte à la construction de ses personnages et à l'incroyable densité tragique dont il les constitue. Tous sont et agissent en fonction de caractères et de liens qui les poussent à s'entredéchirer pour un destin d'une noire et implacable radicalité.


Mais plus encore que ce constat éminemment facile et commun à nombre d'autres, un rapprochement plus commode et plus parlant est à faire, celui qui confronterait James Gray non à l'un de ses coreligionnaires de cinéma mais plutôt à la non moins estimable catégorie des grands tragédiens. Effectivement si l'on se propose de penser Little Odessa, The Yards ou La Nuit nous appartient à l'aune du théâtre, trois figures incontournables semblent ressortir. Tout d'abord Shakespeare pour le rapport au politique et à la notion même de pouvoir dans des cadres essentiellement familiaux, claniques et impitoyables ; puis c'est autour du couple Corneille - Racine d'apparaître comme potentiellement porteurs d'une inspiration, du moins d'une parenté dans la saisie dramatique de ses personnages. Non pas tant qu'il les cite ou qu'il se veuille leur continuateur ou même leur potentiel adaptateur, il n'en demeure pas moins qu'à l'aune du théâtre le plus classique, l'oeuvre de James Gray semble se nourrir d'une vigueur et d'une force impétueuse et tragique qui semble devoir ou au moins ressembler aux plus belles écritures que les planches connurent lors de siècles hélas passés.


James Gray ou le goût du lien comme l'affectionnait Shakespeare

D'aucuns admettront évidemment qu'il est plus aisé de faire ressortir Akira Kurosawa ou Orson Welles d'une confrontation du maître tragédien avec l'univers du cinéma, mais ce serait faire injure que de ne pas juger et valoriser James Gray à l'aune des scénarios qu'il écrit lui-même et met en image. En effet, si l'on jauge les relations qu'il instille entre les personnages de ses précédents films, on ne peut qu'être troublé par leur simplicité et leur pourtant profuse efficacité. Tous sont frères, unis par le sang et défaits par les liens de l'argent et du pouvoir, tous vont lutter pour être, devenir mais aussi pour exister seuls, par eux-mêmes, pour eux-mêmes et souvent dans l'optique de reconquérir la famille qu'ils ont quittée, trahie ou abusée. Ainsi, les deux personnages masculins de la Nuit nous appartient nous offrent-ils une lutte âpre et sans la moindre merci à l'aune d'un père qui n'aurait rien à envier au père dévasté du Roi Lear qui léguant son héritage à ses filles, les voit se déchirer et périt non sans l'avoir amèrement regretter. Ran du maître Japonais qu'est Kurosawa explore le même type de relation, comment penser le politique, la continuité et le rapport au père dans la filiation. De même, explore-t-il la relation qu'entretienne une fratrie à l'aune de la possession du pouvoir qu'il soit réel, symbolique ou militaire. Ici, les obsessions sont les mêmes, la figure de Denis Hopper est tutélaire et c'est sous le joug de son jugement que les deux enfants vont en ennemis supposés se nuire et s'entredéchirer d'abord, jusqu'à ce qu'à la différence du récit Shakespearien ou cinématographique signé par l'auteur de Rêves, ils se retrouvent et unissent leurs efforts dans un retour peut-être trop outré à l'écran vers le père et ses valeurs.

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