

Comment a commencé l'aventure de ce film ?
Glen Hansard : John Carney, le scénariste et réalisateur de Once, est un très ancien et très proche ami. Il jouait de la basse dans mon groupe de musique The Frames. Nous avons voyagé dans le monde entier ensemble et nous nous connaissons très très bien. Depuis de nombreuses années, John réalise des films et il a déjà utilisé certaines de mes chansons dedans, mais il a toujours voulu faire quelque chose avec moi, et réciproquement. Nous ne savions pas exactement ce que nous voulions faire, si ce serait des clips vidéo ou autre chose, mais il y avait ce dessein : « Un jour nous le ferons ». Donc, il y a deux ans, il est venu me voir et il m'a dit : « Je crois que j'ai peut-être quelque chose sur lequel on peut travailler ou collaborer ensemble. Il avait un synopsis de seize pages sur une histoire appelée « Busker » (musicien ambulant) qui racontait la rencontre entre un gars qui joue de la musique dans la rue et une fille d'Europe de l'Est. C'est une histoire très simple. La copine de ce gars était partie vivre à Londres et il ne savait pas si elle reviendrait, ce qui le rendait nerveux. Et il rencontre cette fille dont il tombe amoureux et qui l'aide à réparer sa vie. Elle l'inspire dans l'écriture de chansons et l'incite à récupérer sa copine. J'aimais fondamentalement cette histoire, et John voulait en quelque sorte que je le renseigne sur l'histoire d'une journée dans la vie d'un musicien de rue, parce que pendant des années j'ai été un musicien de rue et il se basait sur mon passé pour le personnage. Beaucoup de choses qui se passent dans le film sont similaires à ma vie avec un léger glissement : je vivais avec mon père et mon grand frère et je réparais des vélos, le personnage vit avec son père et répare des aspirateurs, j'ai aussi eu un groupe que j'ai été chercher dans la rue, tout comme l'histoire du studio ou du directeur de banque. Donc au départ, j'étais juste associé comme consultant, et puis il m'a demandé d'écrire les chansons, et pour moi, c'était une grande opportunité d'écrire un tas de chansons pour un film ! J'étais très excité et je l'ai pris très au sérieux. Le personnage principal devait être joué par Cillian Murphy (Breakfast on Pluto), un célèbre acteur Irlandais. John essayait de trouver la fille de l'Est de l'Europe, et c'était très difficile parce qu'il ne savait pas vraiment où regarder. Il voulait qu'elle soit comédienne, qu'elle ait 35 ans, plus vieille que le gars, et il ne trouvait personne. Alors je lui ai dit, que je connaissais une jeune fille Tchèque, donc d'Europe de l'Est, qui joue du piano, qui est super et qui a la tête sur les épaules. Je ne la connaissais pas très bien mais je pensais qu'elle pouvait le faire, mais elle avait 17 ans... Il m'a répondu : « Je ne sais pas ... Cela ne correspond pas vraiment à ma vision, mais je vais la rencontrer ». Nous avons donc amené Marketa à Dublin, et John a rencontré Marketa qui lui a joué du piano, et ils se sont très bien entendus. John était absolument ravi d'avoir trouvé Marketa pour jouer la fille à partir de ce moment-là. Donc le casting était Cillian et Marketa, John à la réalisation et moi qui écrivait les chansons. Tout avançait bien, quand très loin dans le projet au moment où nous étions prêt à tourner, Cillian abandonna le film pour un autre travail ou quelque chose qui fit qu'il n'était plus impliqué, et John est venu me voir en me disant : « Ok, soit le projet est d'ores et déjà mort, ou nous devons le repenser parce qu'il n'y a plus d'argent maintenant. ». Parce que le producteur s'était aussi retiré, pas de star, pas d'argent. Donc nous n'avions plus d'argent, plus d'acteur, et soit nous tuions le projet tout de suite, soit nous essayions de le faire à la manière d'un film à très petit budget. Nous étions tous les trois, assis là, à réfléchir... et : « Tu pourrais jouer le personnage ? ». J'ai alors pensé que c'était mon ami et elle aussi, que l'on avait vraiment un bon scénario, que Marketa adorait, et on s'est dit : « faisons- le ! ». On a calculé combien cela va coûter, combien d'argent on peut récupérer pour le film, quel est le temps le plus court que l'on puisse filmer avec, en combien de temps, et on a estimé qu'avec 120 000 euros on pouvait y parvenir... si tout le monde travaillait gratuitement. On a donc emprunté l'argent et on a tourné le film en 17 jours. Nous avions un emploi du temps très serré et nous l'avons utilisé au maximum. Nous sommes allés dans la rue pour filmer, sans permis, sans autorisation de qui que ce soit, mais nous l'avons juste fait et ce fut très très intense pendant 3 semaines. Nous avons fini le film et je crois que nous nous sentons tous très fiers d'avoir fait quelque chose qui ne se finit pas de manière habituelle. Nous avons beaucoup parlé du scénario, nous avons vu beaucoup de films, Les 400 coups de François Truffaut qui est une chanson d'amour pour Paris, et que John adore, Une femme sous influence de John Cassavetes avec Gena Rowlands pour montrer à Marketa le jeu d'acteur, Stranger than paradise de Jim Jarmush à cause de la barrière de la langue entre les deux personnages. Nous avons vu un tas de films et étions enthousiasmé par ce cinéma, et ensuite nous sommes juste partis faire notre propre film. Cela a été très naturel. Voilà comment cela a commencé.

Il y a une grande complicité entre vous deux dans le film qui rejaillit sur l'authenticité et la fraîcheur qu'il dégage. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Glen Hansard : Notre histoire est un peu moins dramatique, n'est-ce pas ?! J'ai rencontré Marketa il y a 6 ans dans sa ville natale. Le père de Marketa aidait mon groupe The Frames à la promotion d'un concert, et nous étions dans le jardin de sa maison à boire des bières, à manger un super barbecue préparé par la mère de Marketa, et à chanter des chansons autour du feu. Pour moi, il a été évident dès cet instant que Marketa avait un grand talent musical. Marek, le père de Marketa, m'a invité à rester chez eux quelques mois pour écrire des chansons, et Marketa s'est jointe à moi sur quelques chansons. En fait, c'est presque comme dans le film, parce que je me souviens qu'une fois j'étais en train d'écrire une chanson, et elle m'a dit : « Cette histoire t'es arrivé ? ». Et je lui ai répondu : « Cela ne m'est pas arrivé exactement comme cela ; mais c'est une licence poétique au profit de la chanson ». Elle m'a alors répondu : « Alors pourquoi tu chantes cette chanson ? Si ce n'est pas toi, alors tu n'es pas dans la chanson. Tu dois être la personne que tu es. ». Elle était très critique sur ce point envers moi et je me souviens que cela a été l'étincelle entre nous. Elle s'est mise à jouer au piano avec moi et j'ai pensé qu'elle était géniale. Donc nous étions juste des amis qui jouions de la musique ensemble occasionnellement quand John m'a dit qu'il cherchait une fille. J'ai juste essayé de trouver un job pour une amie !










































