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CINE : VOLEURS DE CHEVAUX

CINE : VOLEURS DE CHEVAUX

Tout sur VOLEURS DE CHEVAUX - La Critique - Photos - Le 2007-11-12 06:15:59


Avoir des moyens de low-budget n'empêche pas de belles ambitions. Avec un budget à minima, Voleurs de Chevaux explore à maxima son univers de fable guerrière lyrique.

VOLEURS DE CHEVAUX
Un film de Micha Wald
Avec Adrien Jolivet, Grégoire Colin, Grégoire Leprince-Ringet, François-René Dupont
Durée : 1h30
Date de sortie : 14 novembre 2007

voleurs de chevaux

Au tout départ, le premier long métrage du Belge Micha Wald racontait une autre histoire. Celle de deux frères polonais, fuyant les nazis pendant la seconde guerre mondiale pour trouver dans une forêt une jeune juive dont ils tombaient tous les deux amoureux. En essayant de trouver un financement pour son film, Wald s'est régulièrement entendu dire que son scénario n'intéresserait personne. A la longue, il a fini par garder les lignes directrices de son projet et l'a transposé au milieu du 19e siècle. La volonté et l'art du système D sont restés les forces motrices de Voleurs de chevaux. Où l'on trouve désormais deux fratries (Jakub et Vladimir engagés chez les cosaques, Roman et Elias bandits de petits chemins) liées par un récit de vengeance au long cours. Le tout dans un coin non identifié de l'Est, « quelque part vers 1856 » comme l'annonce en préambule le film.

Ce quelque part est surtout un ailleurs de cinéma. Voleurs de Chevaux galope autant du côté des fresques westerns façon Michael Cimino qu'en direction du classicisme lyrique d'un Ridley Scott période Duellistes. Mais avec moins que le budget avoine pour les chevaux des deux films. Ces finances sont à la fois l'atout et le désavantage de Voleurs de chevaux. Les forêts des Ardennes servent d'Ukraine d'occase, les villages ont l'air de décors pour Playmobils, les dialogues entre soldats de l'armée tsarine sonnent comme dans un hall d'entrée d'HLM de banlieue... Aucune importance : Wald ne cherche pas à faire une rutilante reconstitution d'époque, Voleurs de chevaux porte en lui l'essence d'histoires éternelles, valides hier comme aujourd'hui. Ici, il n'est question que de sentiments, forces fondamentales qui meuvent les hommes. Voleurs de chevaux est une double histoire d'amour, de celui que se portent les frères. Wald explore les rapports de ces drôles de couples que sont les fratries, et surtout de l'insupportable douleur qui aveugle quand ils sont brisés. Voleurs de chevaux suit l'initiation aux cruelles réalités de quatre enfants grandis trop vite, dans un contexte de chaos.

voleurs de chevaux

Jakub et Vladimir comme Roman et Elias vivent un même apprentissage, celui du monde des hommes où il est souvent plus facile de se défier, se battre, voire de tuer que d'accepter ses failles. Où l'instinct de survie prend le pas sur toute autre considération. Aux films de Cimino et Scott, Wald emprunte, à défaut d'une maîtrise technique, un parcours de fable existentielle mais surtout un rapport organique à la nature : les vibrations de l'eau et de la terre enveloppant celles d'êtres de chair dépassés par leur déterminisme social. En miroir de ce regard presqu'animiste, s'ajoute un absolu sens de la mise en scène quand il s'agit d'inscrire les personnages dans une incarnation physique, presque animale.

La morale de l'histoire, aussi minimaliste que les moyens mis en oeuvre, pourra passer pour basique, voire naïve. Elle n'aura pas empêché un vrai souffle d'ébouriffer l'1h25 que dure le film, propulsé par de vraies envies de film d'aventure, de corps-à-corps entre psychologie et scènes d'action pour un résultat inattendu dans la production européenne actuelle. Voleurs de chevaux est certes ce qu'on appelle un petit film, mais dont les maladresses (qui ne doivent pas uniquement aux défaillances logistiques : Adrien Jolivet et Grégoire Colin, les deux frères aînés du films ne sont pas d'une sobriété exemplaire contrairement à leurs petits frères d'écran Louis Leprince-Ringuet et François René Dupont) sont plus que compensées par une énergie et un lyrisme digne des romans de Joseph Conrad ou de certains Jules Vernes. Fut-ce t-il au format de poche.

Alex Masson

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