
LE JOUR D'APRES : DAVID CRONENBERG ET PAUL HAGGIS

DANS LA VALLEE D'ELAH
Tib20011
Personne n'aurait pu prédire l'avenir de Paul Haggis lorsqu'il signa en 2004 les scripts de COLLISION et de MILLION DOLLAR BABY, alors qu'il avait travaillé jusqu'ici dans le domaine de la télévision. Le destin de ces deux films est aujourd'hui connu de tous: les deux finiront avec des Oscars mérités ou non (je ne crache pas dans la soupe, j'aime COLLISION, mais lui décerner l'Oscar du meilleur film...) et tout un tas de récompenses plus ou moins identiques à travers le monde, récompensant avant tout le travail de Haggis. Passent alors ses travaux tous excellents sur THE LAST KISS, CASINO ROYALE, FLAGS OF OUR FATHERS et LETTRES D'IWO JIMA, avant d'en arriver à IN THE VALLEY OF ELAH, connus par les internautes pour être l'un des premiers films contestataires sur la guerre en Irak, l'un des premiers à s'attaquer de front aux troupes américaines envoyés là-bas. Une intention plus que louable bien que, lorsque l'on connaît un peu son boulot effectué sur COLLISION en tant que réalisateur, le spectateur ait peur de se trouver avec un énième film niais qui fait pleurer dans les chaumières à grand coup d'images choquantes. Il n'en sera (presque) rien dans le film, et c'est ce qui fait plaisir à voir: Haggis a laissé tomber ses tics agaçants de scénaristes pour travailler à la fois le fond mais aussi la forme, arrivant d'un script parfois bateau et souvent émouvant en un essai concluant qui n'aura pas les louanges surestimés de son précédent essai mais qui sera sûrement juger à sa juste valeur. Une enquête humaine maîtrisée, assez longue sur les bords mais pas assez pour nous en dégoûter.
Ancien membre de la police militaire, Hank Deerfield n'attendait pas le coup de fil venu de l'armée pour lui annoncer que son fils Mike n'est pas rentré de sa permission de sortie et est considéré comme déserteur. Hank, n'ayant pas été informé par son fils de son retour au pays, décide alors de se rendre à sa base au Nouveau-Mexique pour enquêter seul sur cette mystérieuse disparition.

Délaissant ses envolées lyriques qui atteignaient parfois la perfection (la scène de la voiture renversée dans COLLISION en est l'exemple foudroyant) et sa réalisation un peu épurée malgré une photographie toujours aussi excellente, Paul Haggis arrive pour une fois à laisser son défaut majeur dans ses scripts, à savoir sa volonté de s'intéresser à tout les sujets un peu n'importe comment quitte à en délaisser quelques uns dont on ne pouvait se passer et à se concentrer sur des personnages inutiles. IN THE VALLEY OF ELAH est justement tout le contraire dans sa première partie, puisqu'il s'agit véritablement du parcours du combattant d'un retraité compréhensif et on s'en doute autoritaire, qui se voit obliger de parcourir la frontière pour retrouver un fils qui n'était pas censé revenir au pays et qui ne l'a même pas prévenu. Tout le script a le mérite de se centrer uniquement sur Hank et son départ, laissant sa femme en tant que second rôle à peine visible (et heureusement) et s'intéressant de plus près à cet affrontement impossible entre un père qui a peur de découvrir la vérité au fil de son investigation intime, et l'administration qui fait tout pour lui barrer la route. Un affrontement bien sûr suggéré dans le titre et l'histoire racontée par Hank au petit garçon de son seul allié dans cette histoire, Emily, une femme habituée aux enquêtes minables qui finira par rallier sa cause et en vouloir forcément à la police militaire qui ne fait strictement rien. Elah étant le terrain où s'affrontait David et Goliath avant que le petit adolescent tue le géant sanguinaire dans la mythologie, on se doute bien que ceux deux petits personnages ne peuvent rien face au refus militaire, du moins rien à part attendre le bon moment et frapper un grand coup dans la dernière ligne droite de l'enquête.



































