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INTERVIEW FATIH AKIN (DE L'AUTRE COTE)

INTERVIEW FATIH AKIN (DE L'AUTRE COTE)

Tout sur DE L'AUTRE COTE - Photos - Le 2007-11-14 04:47:12


Après Head on, Fatih Akin, cinéaste germano-turc, revient avec De l'autre côté, la palme du coeur, une chronique polyphonique apaisée et poignante qui entrecroise les destins d'hommes et de femmes, partagés entre deux nations et deux cultures. Avec générosité et sans ficelles larmoyantes, il part du communautaire pour tendre à l'universel, ressoude des liens brisés et traite de la mort en célébrant la vie. En interview et surtout à Cannes où la grosse tête menace n'importe quel talent, le cinéaste n'est pas un donneur de leçons, encore moins un hypocrite. C'est un bon vivant sincère et touchant qui ne vous snobe pas une fois qu'il vous a rencontrés. On en a eu la preuve durant tout le festival. La pellicule est à son image. Précieuse et rare.


Head On était un film punk. De l'autre côté est plus accessible. Pourquoi ce changement ?
Je dirais qu'il est plus universel que Head On. Disons qu'après ce long métrage, j'avais envie de tourner une page. Je recherchais un nouveau langage cinématographique. Je ne suis pas assez vieux dans ce milieu pour commencer à répéter ce que j'ai déjà fait.

L'action se déroule à la fois en Turquie et en Allemagne. Peut-on dire qu'il vous est en même temps plus personnel ?
L'idée de rassembler les deux pays consistait à renforcer le discours sur la globalisation. Head On traitait également de la globalisation mais dans un registre plus tranchant. J'ai pris l'Allemagne et la Turquie comme des symboles qui me sont familiers. J'ai assisté à la masterclass de Martin Scorsese au festival de Cannes. Il me conseillait de faire les films sur ce que je connaissais le mieux, sans tricher. Je voulais traiter de la mondialisation, un sujet qui me touche au plus profond, sur un ton extrêmement romantique. Au jeu des différences, Head On questionnait plus l'identité des personnages. Dans De l'autre côté, je montre comment nous sommes finalement les enfants de cette planète et que nous avons tous une responsabilité les uns envers les autres.


La mort est le lien qui unit tous les personnages. Pourquoi ?
En réalité, je suis en train de construire une trilogie. Head on parle d'amour. De l'autre côté, de la mort. La mort d'un proche vous transforme, qui que vous soyez. Chacun en a la conception qu'il souhaite. Avant que cela ne vous atteigne, ça reste très abstrait. Quand vous êtes enfant ou adolescent, dans la majorité des cas, vous êtes préoccupés par d'autres sujets. Lorsque vous atteignez la trentaine, cela commence à vous préoccuper et à faire partie de votre quotidien. Souvent, on perd un grand-père, un oncle ou un ami et vous devez vivre avec. De l'autre côté aborde la question du deuil. Comment vivre avec les morts. Le rapport à la mort nous concerne tous et c'est sans doute pour cette raison que De l'autre côté est plus accessible que Head on. Je sais que les films sur la mort n'attirent généralement pas les foules. Sans doute parce que cela fait fuir. Et je voulais éviter toute complaisance. Je parle de la mort, ou du moins j'essaye d'en parler, avec dignité. De l'autre côté devient ainsi une célébration de la vie. Un film qui insuffle l'envie d'aimer pendant que nous sommes encore vivants. Une fois qu'une personne aimée meurt, on regrette et on ne se le pardonne pas. Dans les premières scènes, les personnages sont extrêmement bavards. Cela s'estompe progressivement. C'était une manière de signifier que l'on gâche du temps inutilement.

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