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CRUISING PHENOMENON : RETOUR SUR LE FILM MAUDIT

CRUISING PHENOMENON : RETOUR SUR LE FILM MAUDIT

Tout sur LA CHASSE - CRUISING - Le 2007-11-14 04:48:09


    Vous l'aurez compris: Cruising, de William Friedkin sort - enfin - en zone 2, chez Warner. Aujourd'hui encore, cet objet maudit contient des ambiguïtés qui peuvent être mal comprises. Dans les suppléments, le réalisateur accompagné du reste de l'équipe - sauf Al Pacino, fâché à vie - éclaircit les zones d'ombre et démolit quelques préjugés tenaces. Il était temps.

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Les bonus présents sur le DVD de Cruising reviennent sur le caractère exceptionnel du projet et les événements plus ou moins attendus qu'il a engendré. Si certains regretteront sans doute les scènes additionnelles qui auraient eu comme effet de pervers d'enlever beaucoup de trouble à cette histoire allusive, le commentaire-audio de William Friedkin en fait pas doublon. En comparaison, il paraît moins excitant et ressemble à de la paraphrase où le cinéaste explique avec sa verve usuelle la psychologie tordue de ses personnages, justifie ses choix de mise en scène et balance quelques anecdotes bien senties. Au commencement donc, Jerry Weintraub, le producteur de Cruising, a envoyé le roman de Gerald Walker, journaliste criminel au New York Times à deux cinéastes: Brian de Palma qui a décliné l'invitation pour aller tourner Pulsions et William Friedkin qui au départ n'était pas enthousiasmé. Et pour cause, le roman relatait des meurtres dans les bars gays de New York. Au moment où il l'a lu, le livre datait. Depuis, la situation dans ces bars avait évolué: ils étaient plus clandestins, plus portés sur le cuir et les dérives sadomasochistes. Selon Friedkin, le roman de Walker était obsolète car il ne reflétait pas réellement la réalité. Le temps passe: Phil D'Antoni, producteur de French Connection, achète les droits du roman. Weintraub flaire le poisson et sent Friedkin à deux doigts d'accepter.

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Le réalisateur accepte de revenir sur sa décision en menant sa propre enquête. Il tombe sur une série d'articles de journaux qui décrivaient ce qui se passait dans ces bars new-yorkais et annonçaient que la situation devenait dangereuse sous prétexte que des meurtres mystérieux avaient été commis. D'emblée, Friedkin propose de se servir de ces bars comme décors pour une enquête policière tordue. Weintraub donne son accord, Friedkin commence les recherches. Par souci d'honnêteté, le réalisateur de Sorcerer descend avec le producteur dans un bar underground, découvre un monde profane exorbitant et veut reproduire à l'écran tout ce qu'il a vu en respectant les codes (les fouloirs, les soirées à thème). Un autre détail le fascine: l'idée qu'un homme puisse mener une vie schizophrène (le jour en monsieur tout le monde, la nuit en bears). C'est pourquoi tout le film est placé sous le signe du fantastique, de la transformation, de l'ambivalence, de l'ambiguïté et du double. S'il y a un message à chercher dans Cruising, c'est celui résumé par la dernière image du film: quel visage se cache derrière les apparences? Sous les oripeaux d'une enquête policière filandreuse, se trame une vraie parabole sur une société mutante. Pour le récit policier, Friedkin a adopté le procédé du «témoin du mal» où les personnages se transmettent la pulsion assassine et le tueur visible à l'écran change de visage. De toute évidence, l'identité du tueur ne l'intéresse pas. La dernière fois qu'on a vu ça au cinéma, c'était dans Cure, de Kyoshi Kurosawa qui fonctionnait exactement sur le même registre. Le spectateur cherche à identifier un tueur en série au gré d'indices discrètement disséminés alors que l'intérêt réside ailleurs: dans la peinture d'une société déshumanisée et lugubre hantée par l'envie d'en finir.

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Très vite, Friedkin est rattrapé par la réalité. Comme dans le roman, un tueur zigouille des victimes fréquentant ces lieux interlopes. De la même façon, on retrouve leurs membres flottant dans l'East River. Suite à un appel du procureur de Manhattan, Randy Jurgensen, un détective proche de Friedkin, est amené à enquêter sur une affaire similaire. Contrairement au personnage d'Al Pacino, il a de la bouteille et après l'enquête, raconte tout à Friedkin: comment certaines attitudes et histoires du milieu influaient progressivement sur son mental. A l'époque, son collègue et lui étaient persuadés que le tueur n'agissait pas seul et qu'il s'agissait de deux flics ripoux (un blanc et un noir, surnommés dans la profession «le duo sel et poivre») qui forçaient les homos à vider leur compte en banque. Une fois coincés, les faux flics n'ont jamais été reconnus coupables mais ont été condamnés à des peines de prison pour extorsion, agression et kidnapping. Autre événement qui passionne Friedkin - et celui-ci est intrinsèquement lié au tournage de L'exorciste: le cinéaste avait alors proposé à un figurant non professionnel de jouer le rôle de l'assistant du radiologue. Selon ses termes, il paraissait comme un homme charmant dans la vie de tous les jours. Un jour, en lisant le New York Daily News, Friedkin a découvert que l'homme dit charmant était accusé du meurtre d'un critique de cinéma travaillant pour le Variety Magazine de New York. Tous ces éléments additionnés ont poussé Friedkin à accepter ce projet d'adaptation. C'est le début des emmerdes.

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