

A une heure précise, des lycéennes sautent ensemble d'un quai de gare et passent sous le train en prenant le soin d'éclabousser de sang tous les autres usagers. C'est la première scène choc de Suicide Club. Le fait divers inquiète la population. La police ouvre une enquête et découvre de drôles d'événements liés à cette affaire de suicide collectif: un sac contenant des lambeaux de peaux humaines liés les uns aux autres; des coups de téléphone avec au bout du fil une voix d'enfant étrange; une «chauve-souris» inquiétante; des petits malins rebelles; un groupe j-pop de jeunes lolitas. Pendant ce temps, les suicides continuent et l'enquête piétine. D'autant que d'autres lycéens persévèrent dans l'auto-destruction et se donnent la mort pour le fun. Suicide Club est un film très mystérieux dont le premier mérite consiste à déconstruire le récit et ne pas donner de réponses. C'est au spectateur de trouver la solution de ce puzzle: il ne pourra y répondre qu'en fonction de sa sensibilité et de son regard critique sur la société. Réalisateur underground connu pour ses poèmes, ses fictions amorales et ses pornos gays, le réalisateur Sono Sion n'opère pas dans les catégories usuelles des fabricants d'images. Il donne le maximum d'éléments au début. L'effet est inattendu et paradoxal: plus le récit avance, moins on comprend.

La rupture de ton - la première partie joue sur un fantastique sourd, la seconde sur l'horreur réaliste - est accentuée par une scène culte où un chanteur accompagné de sa bande monopolise le film pour délivrer une longue prestation musicale qui évoque par sa folie Rocky Horror Picture Show. Cette influence, revendiquée par Sono Sion, ressemble à un message adressé au spectateur pour lui demander de ne rien prendre au sérieux. De la même façon que dans la comédie musicale précitée, le cannibalisme passait comme une lettre à la poste. Ne pas croire que Sion est conscient de nous emmener nulle part et qu'il dirige avec roublardise son petit théâtre de l'absurde où les ficelles s'entremêlent, au contraire. En même temps qu'il furète dans le registre horrifique en instillant une angoisse anxiogène, notre poète, très inspiré de Baudelaire, reluque dans le blanc des yeux tristes des adolescent(e)s qui ne savent plus très bien qui ils/elles sont.
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