
DEATH NOTE
Un film de Shusuke Kaneko
Avec Tatsuya Fujiwara, Kenichi Matsuyama, Asaka Seto, Shigeki Hosokawa, Shunji Fujimura, Takeshi Kaga, Shidô Nakamura, Norman England, Michiko Godai, Sota Aoyama
Durée : 2h06
Date de sortie : 09 janvier 2008

Avant de ressembler à du cinéma, cette première version live de Death Note, qui peut s'enorgueillir d'avoir dépassé le Da Vinci Code de Ron Howard au box-office japonais, évoque surtout une série télé fragmentée en épisodes plus ou moins addictifs selon l'humeur. A l'origine, un manga à base d'enquête policière, de thriller urbain, d'ambivalence morale, d'énigme sibylline et de fantastique discret qui prend la forme d'une partie d'échecs entre le bien et le mal. L'objectif: démasquer des identités et raconter comment un jeune homme élitiste réussit à contrôler le monde selon ses volontés avant de subir des déconvenues. Tout le plaisir de la découverte du manga réside dans l'impression que plus on pénètre dans cet univers sombre et torturé, plus on a envie de connaître les réelles motivations de chaque personnage. En terme de narration, les enjeux dramatiques sont habilement soutenus par des rebondissements qui donnent toujours envie d'en savoir plus. Quitte à devenir fou. Le manga a été mis sur pied par l'illustrateur Takeshi Obata (Hikaru no Go) et la scénariste Ôba Tsugumi. L'ambiguïté identitaire existe d'emblée ne serait-ce que dans l'identité trouble de Tsugumi. Certaines rumeurs soutiennent qu'il s'agit d'un pseudonyme utilisé par un autre auteur voire d'un collectif. Encore aujourd'hui, impossible de savoir de qui il s'agit. Au point même qu'on vient à se demander s'il s'agit d'une femme.

Le film prend pour héros le jeune Light Yagami que l'on connaîtra aussi sous le nom de Kira, pseudonyme meurtrier attribué par la population nippone. En Japonais, Kira signifie «tueur». Il s'agit d'un lycéen surdoué de 17 ans interprété par Tatsuya Fujiwara (vu dans les deux Battle Royale) dont le quotidien est bouleversé par la découverte d'un livre qui selon les termes rédigés en anglais (The human whose name is written in this note shall die) donne la possibilité à celui qui le possède de tuer une personne. Pour cela, il suffit de connaître son nom et son visage. L'étudiant va l'utiliser pour tuer toute sorte de criminels (violeurs, assassins, preneurs d'otages, hommes politiques mafieux) et accessoirement pirater les informations secrètes de la police. Jusqu'à ce que le gouvernement s'en mêle et demande à L (Ken'ichi Matsuyama, fascinant), un détective mystérieux envoyé par Interpol de se mettre sur le chemin du prodige. Naît une émulation entre les deux personnages qui vont se traquer sans fin ou presque. L'intérêt de Death Note version manga vient de ses richesses insoupçonnées qui ne se révèlent qu'au gré des tomes et la confrontation entre deux visions dissemblables de la justice à travers deux personnages charismatiques. Kira va utiliser son «black book» dans un premier temps pour faire sa propre justice et dans un second pour se défendre et protéger sa double identité. Cette adaptation live au cinéma est réalisée par Shusuke Kaneko, cinéaste connu pour la trilogie Gamera, dont l'inspiration et la folie semblent écrasés par le cahier des charges. Comme si, au sens littéral, on lui avait refilé une malédiction en lui demandant d'adapter visuellement un projet difficile, le cul entre les attentes des puristes et les peurs des béotiens. En montrant les répercussions des meurtres sur la population, il étaye sans conviction une réflexion sur l'être et le paraître, exploite sans génie l'idée même de cette transgression (ce ne sont plus des criminels mais des innocents qui deviennent des cibles potentielles) et retranscrit partiellement un climat suspicieux. Kira au même titre que L passe de Dieu à Démon et à l'écran, ce vertige moral n'a rien de vertigineux.
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