"Ce que l'on retient de cette série B astucieuse, outre son atmosphère torve, ses brusques ruptures de ton, ses références aux gialli, ses allusions aux zombies des caves Fulciennes, ses effets discrètement virtuoses, c'est surtout le visage morne de son jeune héros autiste (Bryan Madorsky) qui passe par une gamme impressionnante d'émotions contradictoires allant de la tristesse à la peur sans jamais sourire. Dans le genre «performance de môme», on a trouvé plus perçant et flippant que le déjà has been Haley Joel Osment."
Nous sommes dans les années 50. Une famille lambda (un papa sérieux et baraqué avec des lunettes carrés, une maman fagotée comme toutes les mamans de l'époque, un gamin timide et absent) emménage dans une maison sucrée, semblable à toutes celles qui l'entourent. Très vite, le rêve tourne au cauchemar lorsque le marmot soupçonne ses parents d'être des cannibales féroces et commence à douter de la viande qu'il bouffe le soir à table. De quoi rire? Oui et non. Parents est un drôle de machin zozo remarqué en son temps, presque introuvable de nos jours, réalisé à la fin des années 80 par un cinéaste plus connu comme acteur, Bob Balaban. Un artiste qui, bonne nouvelle, n'avait pas peur de s'amuser avec son sujet potentiellement glauque. Là où il aurait été tellement plus facile de désamorcer l'horreur avec un humour au ras des pâquerettes et deux trois zébrures gores pour distraire les mirettes des impatients, Balaban préfère pénétrer de manière insidieuse dans la tête de son jeune protagoniste qui confond dangereusement ses fantasmes avec la réalité. Ou peut-être pas. A l'origine du trauma: une vision interdite: papa et maman qui aiment à s'envoyer en l'air comme des bêtes heureuses la nuit venue. Par la seule force de ses cadrages, du travail sur les échelles de plan et surtout de la durée propre à chaque scène, le cinéaste, doué, nous entraîne dans les méandres de son récit avec une déconcertante habileté. Avec une lenteur parfaite pour raviver les frousses enfantines. Avec cette sensation presque malsaine d'attendre qu'une vérité sorte du placard de la chambre.
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