

Pourquoi Giliap, le second long métrage que vous aviez réalisé dans les années 70, est aussi rare et toujours indisponible en DVD ?
Giliap est sorti très récemment en DVD en Suède. Mais il n'a pas été très vu, ni même apprécié. J'ai réalisé mes deux premiers longs métrages dans les années 70 avec un producteur différent. Pour des raisons de droits, je ne pouvais pas influencer la sortie de mes films en DVD. En même temps, je n'en suis pas particulièrement fier. En Suède, ils sont considérés comme de grands fiascos à la fois critique et artistique. Jusque là, le producteur lui-même a dû penser que ça ne valait pas la peine de les sortir en DVD. Leur rareté est justifiée par le fait que je n'y suis pas très attaché. Avec le recul, je serai encore plus sévère avec ces films. J'avais accepté quelques compromis notamment sur Giliap où la fin du film m'a été imposée par la production. Je n'avais aucun contrôle concret sur mon travail. Cela m'agace même encore aujourd'hui. A sa sortie en 76, un critique Suédois a écrit que Giliap était le plus mauvais film jamais réalisé. En France, il a malgré tout été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs au festival de Cannes. Il a même été acheté par un distributeur français et tenait l'affiche à Paris. Je me souviens avoir eu un papier dans Le Figaro qui était totalement dithyrambique. La France était le seul pays à défendre mon film. Je dis ça mais c'était le seul critique à le défendre en France !
Votre style visuel composé de tableaux drôles, dérisoires et pathétiques sur l'humanité était déjà le même dans les années 70 ?
Non. Les différences de style ont commencé avec mon premier film, Une histoire d'amour suédoise, qui a très bien marché au box-office Suédois. Contrairement à Giliap donc qui reste mon oeuvre maudite. Les producteurs voulaient que je calque mon style sur ce premier long métrage et que je fasse des avatars en régurgitant des formules. J'ai refusé. Je sentais que j'avais été jusqu'au bout de cette narration classique. Il fallait que je change et que j'aille sur d'autres chemins. Dans Giliap, je proposais une nouvelle manière de raconter une histoire. Mon envie à ce moment-là consistait à rendre intéressant ce qui ne l'était pas. La façon dont les gens se déplacent, ce genre. Honnêtement, je pense avoir échoué. Le paradoxe est très drôle mais à l'époque j'étais tellement obstiné que je refusais tout commentaire. Peu après, Barry Lindon, de Stanley Kubrick, est sorti au cinéma. Il procédait de la même façon. Kubrick a sorti les moments les moins intéressants d'une vie pour les rendre visuellement splendides. Je recherchais exactement la même idée. Depuis, c'est devenu l'un de mes films favoris.

Pourquoi un trou de vingt-cinq ans au cinéma entre Giliap et Chansons du deuxième étage ?
Giliap m'a totalement ruiné. C'était un fiasco et je n'exagère pas en affirmant ça ! A ce moment-là, j'avais un peu laissé de côté le cinéma et je n'ai jamais été relancé par mon producteur à l'époque. Quand on fait un film qui dépasse son budget initial et que c'est un succès, tout le monde est content. Quand on en fait un qui dépasse le budget et qui en plus est un fiasco, on est exclu. Personne ne voulait de moi. Les gens de la pub étaient les seuls à s'être manifestés. Ils m'ont donné les moyens de continuer à travailler. J'ai fait des pubs pour Air France, Citroën, des assurances suédoises. L'une des assurances pour lesquelles je faisais des pubs avait comme slogan : "tout le monde a besoin d'une assurance tôt ou tard". Je devais montrer des situations d'accidents ordinaires. Des accidents de tous les jours. A partir de là, j'ai commencé à composer des tableaux extrêmement lents. Si je jouais sur un montage haché, je ne pouvais pas rendre compte de l'impact d'un accident. Un homme qui tombait et se faisait mal devait tomber face à la caméra. Pour donner l'impression d'une vraie chute et envie de prendre cette assurance, j'optais pour un style réaliste. C'est en travaillant sur ces pubs que j'ai beaucoup appris en terme de montage. Grâce à l'argent gagné par ces spots publicitaires, j'ai pu monter ma propre boîte de production en autarcie et réaliser mes deux derniers longs métrages. Ils n'auraient pas pu être faits avec un autre producteur. Je devais impérativement me produire tout seul.
[p1] [p2]
![]() | ||
CINE : YOU THE LIVING (ROY ANDERSSON)Cousin toqué de Buñuel et de Svankmajer, quelque part entre Jérôme Bosch et Jacq... | ||







CINE : YOU THE LIVING (ROY ANDERSSON)































