

LOOKING FOR A GOOD TIME
La vraie qualité de Destricted vient du fait que certains des réalisateurs choisis n'ont a priori rien à voir avec le milieu pornographique et n'ont jamais traité de la sexualité dans leurs fictions. En cela, ils peuvent apporter un regard neuf sur ce sujet vieux comme le mode. Parmi eux, Matthew Barney assure que Destricted n'a rien d'un précipité pour pervers pépères: l'expérimentateur esthète formaliste capte l'éveil priapique d'un homme recouvert de matière végétale et donc de son sexe au repos puis en érection lorsqu'il se frotte à un camion de déforestation. Il en émane une fascination certaine mais la lenteur volontariste ne masque pas toujours le recyclage de figures stylistiques et les tentations poseuses du réalisateur des Cremaster. Souvent beau mais trop arty pour être totalement convaincant. Dans un autre sketch - très anodin, Marina Abramovic revisite un folklore balkanique en relatant la fusion fantasmée entre l'homme et la nature et jalonne son récit de rites ethniques totalement obsolètes où des femmes de tout âge remuent leurs seins frénétiquement et des militaires s'affichent au garde-à-vous, sexe en érection. Totalement inattendu dans la sélection, Marco Brambilla, le réalisateur de Demolition Man, signe l'un des segments les plus courts et les plus passionnants en passant en revue quelques grands titres du cinéma porno par la force d'un montage staccato jazzy qui ferait presque passer Aronofsky pour Rohmer. Cette série de sketchs pourrait être résumée par le titre de celui de Gaspar Noé (We Fuck alone). A chaque fois, un personnage est en proie à des pulsions sexuelles et ne sait comment y répondre. Autour de lui, il ne trouve que du vide et du désenchantement. Ça explique pourquoi la chair paraît si triste et le plaisir simple de faire l'amour, si absent. Destricted parle plus de frustration, d'incapacité, de manque, et le film porno, ici érigé en objet d'art contemporain, rappelle sa fonction primale : un objet masturbatoire pour assouvir des désirs qui s'expriment dans le vide.

DESIR IRREVERSIBLE
Dans son segment déceptif, Gaspar Noé ressert le style Irréversible en reprenant un style stroboscopique et organise un cauchemar fantasmé où un homme clope à la main s'amuse avec une poupée gonflable qu'il personnifie à travers une actrice porno sur un écran de télévision. Par des moyens virtuoses mais éprouvés, Noé cherche à retranscrire un état nauséeux, proche du malaise. Or, confondant expérimentation et redite, il oublie tout désir de transgression. Un peu à la manière de son clip Protect me (from what I want) de Placebo où il reprenait l'imagerie saphique de l'orgie de son dieu Kubrick dans Eyes Wide Shut et signait un pétard mouillé fainéant. Chez Richard Prince, c'est moins complexe : il ausculte une relation entre un docteur et une patiente digne des pornos des années 70, brouillée sur un écran de télévision pour qu'on ne profite pas des images, venant ainsi appuyer une réflexion simpliste sur le rapport que l'amateur entretient avec l'image télévisuelle qui crée une séparation entre l'action du sexe et la passivité du spectateur. Sam Taylor Wood, elle, montre un simili cow-boy échappé de son Brokeback mountain qui, dans une posture presque suppliciée, se masturbe à genoux en pleine Vallée de la Mort. Par son insistance dans le plan qui dure et les rires gênés d'un homme qui perd sa virilité, Wood propose un objet de démystification où le mâle souffre et peine à jouir. Dans tous les cas, aucun des films ne répond à la question du désir féminin tant en vogue aujourd'hui, sans doute parce que la thématique du rapport à la pornographie touche essentiellement un public masculin. Destricted montre notre rapport tronqué et fantasmagorique à l'image pornographique.
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