
FROZEN DAYS: FILM CULTE TECHNO-EXPRESSIONNISTE
Tout sur FROZEN DAYS - La Critique - Photos - Le 2007-11-21 09:11:49
«C'est en assistant à l'explosion d'une bombe que j'ai eu envie de faire un film». C'est ce que raconte Danny Lerner, réalisateur Israélien ancien critique toqué des cinémas de Polanski et Besson, lorsqu'on lui demande comment est né l'idée de Frozen Days, premier film très bizarre. Pour raconter la dérive mentale d'une jeune femme solitaire et indépendante qui erre dans les boîtes de nuit de Tel Aviv et vend des drogues psychédéliques, il a appliqué le concept de Maya Deren sur la subjectivité. A savoir filmer le ressenti lors d'un incident et non l'incident en lui-même. Pour se hisser à la hauteur de ses ambitions, Lerner s'est attaqué sur deux fronts. D'abord, celui de la forme, quasi expérimentale: le travail sur le son et l'image - un noir et blanc contrasté - installe une ambiance bizarre et accrocheuse. De l'autre côté, la structure est rigoureuse et irréversible: celle d'une descente aux enfers névrotique avec un personnage féminin à la recherche d'un individu mystérieux. Qu'elle paraisse sinueuse ou absconse n'a aucune importance. Ce qui en a, c'est le caractère obsessionnel de cette quête. Lerner la rend passionnante en décrivant l'univers mental de cette héroïne et en proposant en filigrane une parabole sur la solitude. De rebondissement en rebondissement, l'histoire, ludique et manipulatrice, évolue de manière inattendue à tel point qu'on se demande parfois si la jeune protagoniste (Anat Klausner) ne confond pas la réalité et ses fantasmes. A la manière de quelqu'un qui vient de consommer des hallucinogènes et part en vrille. Ce n'est que progressivement qu'on repère les indices: l'utilisation du noir et blanc (plus qu'une simple contrainte économique) et la manière dont Lerner filme les rues désertiques renvoie au cinéma fantastique des années 60, plus précisément à Carnival of Souls, de Herk Harvey, que Lerner a fait circuler à toute l'équipe durant le tournage. En cours de route, le spectateur est partagé entre deux options: soit il décroche parce que la multiplication des rebondissements et donc des coups de théâtre l'empêche de reconstituer le puzzle, soit il se laisse emporter et savoure un voyage schizophrène et fantasmagorique. Mieux vaut adopter la seconde formule. Frozen Days est sorti en Israël en août 2006. Depuis, sans doute grâce à cette originalité qui le fait aussi passer pour un «objet de petit malin», il a connu une carrière internationale à travers les festivals du monde entier. A l'AFI Fest (l'équivalent des Oscar en Israël), le film a remporté le prix du meilleur film. En France, il a été présenté au festival de Cognac hors compétition. Dès aujourd'hui dans les salles.

TEL-AVIV
"Le film reste très subjectif et ne cherche pas à donner une vision globale ou clichée de Tel-Aviv. J'ai toujours été passionné par la subjectivité au cinéma et je suis fasciné par l'idée de pénétrer dans le cerveau d'un personnage et de rendre compte de ses vacillements. Des films comme Carnival of Souls (Herk Harvey, 1962) et L'échelle de Jacob (Adrian Lyne, 1991) sont d'immenses réussites sur ce plan. J'admire la façon dont certains écrivains comme Bret Easton Ellis font partager tout ce que pensent leurs personnages. De manière générale, les spectateurs adorent les récits à la première personne du singulier, permettant ainsi une réelle identification. Dans Frozen Days, on adopte le point de vue d'un seul personnage et on partage toutes ses émotions. Mais lorsque vous marchez dans les rues de Tel-Aviv, vous trouvez de l'animation même la nuit. C'est une ville jeune et moderne. Et les jeunes aiment vivre la nuit. L'explosion de la bombe est un événement très crédible."

NUIT
"Toute l'équipe du film travaillait le jour dans des boulots respectifs. La nuit était le seul moyen de nous retrouver et concrétiser ce projet underground. Pour donner une idée de mes journées, je travaillais de 9 heures à 17 heures, je dormais une heure et le reste du temps, j'étais sur le film. Il fallait être mû par une passion du cinéma pour accepter de telles conditions. Le contexte limbique et aérien du film contribue à ce que l'action se déroule de nuit. Le personnage principal passe son temps en discothèque pour vendre la drogue, à errer dans les rues entre enfer et paradis et à chercher l'âme soeur sur Internet. Le fait que le film se passe entièrement la nuit correspond au décalage du personnage qui petit à petit s'invente une nouvelle réalité suite à un traumatisme. Frozen Days traite de l'effet post-traumatique. Je voulais rester à hauteur d'être humain, en réaction à ce que j'avais moi-même vécu en assistant à l'explosion d'une bombe. J'étais sur le trottoir d'en face. Bien que je n'aie pas été physiquement touché, j'en ai subi les conséquences psychiquement. C'est pour cela que j'ai eu envie de concilier un propos très psychologique avec une atmosphère fantastique. De fait, si le résultat peut paraître abstrait, tout le monde peut s'identifier au parcours du personnage principal."
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