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DOSSIER : LE ROMANTISME CHEZ KIM KI-DUK

DOSSIER : LE ROMANTISME CHEZ KIM KI-DUK

Tout sur SOUFFLE - Photos - Le 2007-11-21 06:20:43


Kim Ki-Duk était peintre avant d'être cinéaste (d'où ce sens plastique et cette sensibilité) et a vécu dans le sud de la France. Il a fait à Paris des études d'art plastique pendant deux ans avant de finalement retourner en Corée pour écrire le scénario des films Painter and prisoner et Illegal crossing. Son passé d'esthète sensible se ressent dans L'île, le long-métrage qui a permis sa découverte en France. Depuis, le prolifique cinéaste a réalisé une dizaine de films qui ont témoigné d'année en année une évolution hallucinante allant de la colère contrebalancée par une poésie fantaisiste à l'apaisement inattendu. Certains d'entre eux réalisés avant L'île comme Crocodile, premier film anecdotique hanté par les ombres tutélaires de Beineix et de Carax et réalisé au moment où le cinéaste effectuait un périple européen commençant par Paris, restent inédits en France et indiquent déjà la prédilection de l'artiste pour les événements du quotidien qui déraillent. En ne se cachant plus derrière les histoires d'amour mutiques et les provocations d'apparat, KKD semble avoir ouvert son coeur depuis Locataires, son film le plus accessible, où il a réussi à conquérir un nouveau public. Ce changement s'est répercuté sur toutes les oeuvres qui ont suivi comme Time où enfin ses personnages parlent et expriment à voix haute les sentiments indicibles qui les animent. Sortie dans l'anonymat estival, cette oeuvre amère et acide s'inscrit peut-être comme l'une des plus personnelles du cinéaste (le protagoniste monte à un moment donné une scène de Locataires sur son ordinateur, laissant sous-entendre qu'il s'agit de l'histoire du réalisateur). A l'inverse du précédent qui montrait que l'amour fantasmé pouvait donner des ailes au propre comme au figuré, celui-là sondait au contraire un amour destructeur et démontrait qu'une déception amoureuse pouvait pousser des hommes et des femmes à faire n'importe quoi pour raviver un désir mort. Son dernier Souffle où on le voit dans le reflet d'une télévision de contrôle (on le reconnaît grâce à sa casquette) creuse la veine mélodramatique à travers la relation improbable entre une femme au foyer désoeuvrée (pas éloignée de celle du Locataires) et un détenu condamné à mort, et continue de changer au rythme des saisons en refusant la sensiblerie. Il s'inspire toujours de son expérience personnelle en n'avançant plus masqué mais à visage découvert.


LES CARTES DU ROMANTISME CHEZ KKD
Souffle le rappelle à ceux qui ne l'auraient pas remarqué dans Time: KKD a franchi un cap et fait le deuil de ses obsessions aqueuses comme de ses fantaisies sexuello-trash. Finie cette époque autiste de poète bohème où tel un peintre voué à la solitude, il vivait dans les nuages et refusait obstinément les contingences d'un monde moderne et son capitalisme putride. Kim filme désormais des vous-et-moi qui assument pleinement leur désir, leur méchanceté ou leur naïveté, s'agacent du temps qui passe, se révoltent sans arborer des mines passives et n'attendent plus patiemment que le désir revienne. Ainsi, dans Time où le temps est compté, une femme jalouse reproche à son petit ami d'être séduit par d'autres filles et va avoir recours à la chirurgie esthétique pour raviver un amour mort; un homme subit une séparation brutale et essaye de recommencer une relation amoureuse sans succès; une demoiselle tombe amoureuse de l'homme le plus triste du monde qui, égoïstement, n'arrive pas à oublier son précédent grand amour. Dans Souffle, c'est plus simple: les personnages sont actifs et mettent tout en oeuvre pour changer leur grisaille existentielle. Ça n'a pas toujours le cas. La preuve avec tous ces précédents films sortis dans les salles françaises.


LE ROMANTISME TRASH DE L'ILE

Genre: Poème érotique et fantastique perdu dans les eaux troubles du mystère, des fantasmes et de la mythologie.
Histoire: Une jeune femme mystérieuse, Hee-Jin, s'occupe de bungalows lacustres pour touristes sur une île perdue. Elle s'ennuie à mourir. Le monde la déprime, elle ne dit rien, elle se contente d'observer, de voir et peut-être de fomenter une vengeance latente. On ne sait pas bien ce qui se passe mais la tristesse peut se lire à travers son regard torve. Puis, un homme qui a tué sa femme, recherché par les flics, arrive. Une arrivée qui va provoquer chez dame Hee-Jin un tohu-bohu intense. Maîtresse de ce lieu paradisiaque, la belle va tomber amoureuse du criminel. Et l'Eden va devenir un Enfer fantasmagorique peuplé de sang et de sexe.
Love etc. Relations sadomasochistes entre ces deux âmes spectrales (une femme secrète et un homme rongé par la culpabilité) au royaume des limbes. Concentré de passions exacerbées dans un huis clos ouvert où les lignes de fuite sont tant de destinations inconnues. L'île, de Kim Ki-Duk un électrochoc digne de L'île nue (Kaneto Shindo, 60) en son temps. Le climat érotique atteint une dimension presque subversive tant les images crues sont désamorcées par le caractère grotesque de certaines situations. Ce mélange de tragédie et de dérision sont les composantes même du cinéma de Kim Ki-Duk. L'île est un lieu exilé où les hommes doivent faire la paix avec eux-mêmes et se racheter. Un lieu dans lequel une nymphe a pour dessein d'emmener les hommes pour les perdre. Loin, très loin, dans le centre du monde, "l'origine du monde" même ; celle que Gustave Courbet n'aurait guère reniée.



LE ROMANTISME CHIEN DE ADRESSE INCONNUE

Genre: Allégorie d'un pays rongé par la guerre, les armes, les meurtrissures et la souffrance. Quelque part entre la parabole antimilitariste de Coast Guard et la violence crue de Bad Guy.
Histoire: Le destin tragique de trois adolescents dans une petite ville de Corée. Chang-guk vit avec sa mère prostituée dans un vieux bus américain converti en habitation. Jihum est le fils d'un vétéran de la guerre de Corée et travaille comme peintre assistant dans une boutique de portrait. Quant à Eunok, elle a perdu son père pendant la guerre. Tous ont été marqués par l'histoire de leur pays.
Love etc. Dans sa façon d'en dire beaucoup sans avoir recours aux dialogues, Kim Ki-Duk se rapproche de plus en plus d'un Kitano tout en conservant une personnalité singulière. Outre la variété des genres qu'il fréquente, sa combinaison de tragique et de grotesque pour mieux dépeindre un monde rempli d'absurdités fonctionne. En édifiant une chronique polyphonique dense (une foultitude de personnages brisés), l'enfant terrible du cinéma sud-coréen se focalise sur trois ados fâchés avec l'existence et scrute leur mal-être: une demoiselle borgne inconsolable depuis la mort de son père pas revenu de la guerre; un jeune métis qui bat une maman désemparée réécrivant chaque fois la même lettre dans l'espoir de retrouver le père de son enfant; un ado sensible et artiste (double du cinéaste), martyrisé par les voyous du coin, qui est sous le charme de la beauté discrète de la demoiselle borgne. A partir de ce trio de marginaux en panne d'eux-mêmes dans un monde qui a continué de vivre sans eux, Kim Ki-Duk greffe personnages secondaires et enjeux dramatiques. Récit d'amours chiennes qui correspond à la célèbre phrase de Bukowski («l'amour est un chien de l'enfer»). Ici, l'amour est une bête immonde, un leurre. Et le voyage fut terrifiant...

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thewind super    23 nov
 


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SOUFFLE

Un film de Kim Ki-duk

Avec Chang Chen, Zia, Kim Ki-duk, Ha Jeong-woo

Durée 80 minutes

Sortie le 21 Novembre 2007

 

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