

Bien décidé à entretenir sa réputation de dur à cuir à l'écran, l'acteur tient tête à quelques stars de haute volée, comme Spencer Tracy qui le reprend dans Un Homme est passé, John Wayne, avec lequel il tourne pas moins de trois films, Les Comancheros, La Taverne de L'irlandais et L'Homme qui tua Liberty Valance, et enfin Marlon Brando, avec lequel il ne s'entend pas vraiment sur le tournage de L'équipée sauvage. A propos de ce dernier, Lee Marvin dira d'ailleurs : « Marlon Brando n'est pas un acteur très généreux. Il ne donne rien à ses partenaires. En revanche, il est très exigeant sur votre jeu, et si vous ne vous maintenez pas au niveau qu'il vous demande, il est capable de vous écraser ». Quoi qu'il en soit, tous ces longs-métrages constituent une belle lignée de films influents, dont certains lui permettent d'obtenir un rôle récurrent dans la série télé policière M Squad (diffusée de 1957 à 1960), où il incarne le policier de Chicago Frank Ballinger, un dur à cuir bien évidemment. Lee Marvin racontait à l'époque à qui voulait l'entendre qu'il avait appris à jouer durant son service dans les Marines, notamment quand il lui fallait partir au combat sans laisser entrevoir la peur sur son visage, afin de ne pas donner l'avantage à l'ennemi. Blessé durant la bataille de Saipan, pendant la Seconde Guerre Mondiale, Lee Marvin n'a donc pas usurpé sa réputation à l'écran, mais malgré ses nombreux efforts, c'est la rencontre avec deux réalisateurs qui va s'avérer déterminante pour la suite de sa carrière. En 1952, Marvin rencontre le réalisateur Don Siegel, qui lui offre un petit rôle dans le western Duel sans merci. Malgré un intervalle de douze ans, le futur réalisateur de L'Inspecteur Harry se souviendra de l'acteur en 1964, quand il s'agira de chercher l'interprète idéal pour le personnage de Charlie Strom, tueur implacable et méthodique tout droit sorti de l'imaginaire de Ernest Hemingway, pour cette nouvelle adaptation de The Killers, A bout portant chez nous.
Il s'agit déjà d'un premier vrai pas vers la gloire, puisque A bout portant est le premier film dans lequel Lee Marvin tient la tête d'affiche, aux côtés d'un certain Ronald Reagan ! L'autre réalisateur influent dans la carrière de Lee Marvin n'est autre que Robert Aldrich, déjà connu grâce à Vera Cruz, Le Grand Couteau et En Quatrième vitesse. Celui-ci engage le dur à cuir pour son film de guerre Attaque, où il lui donne un second rôle aux côtés de Jack Palance, en 1956. Le film enclenche une relation de travail fructueuse entre les deux hommes, puisqu'ils tourneront ensemble le plus gros succès de leur carrière, Les Douze Salopards, ainsi que le moins connu L'empereur du nord. Deux films où le charisme détonnant de Lee Marvin fait des merveilles.

Pourtant, même s'il a bâti sa carrière sur des rôles violents et radicaux, Lee Marvin atteint la reconnaissance du milieu grâce à son double rôle dans Cat Ballou, western comique et parodique dans lequel il partage la vedette avec Jane Fonda, et pour lequel il gagne l'oscar du meilleur acteur. L'oeuvre ne reste pas dans toutes les mémoires, mais elle permet à Lee Marvin d'accéder à la starification et à des projets de premier choix, menés avec l'aide de réalisateurs talentueux. Comme pour revenir à ses acquis, Lee Marvin enchaîne ainsi avec Les Professionnels en 1966, superbe western de Richard Brooks dans lequel il incarne le leader d'une bande de mercenaires chargés de retrouver la femme d'un millionnaire texan, soit disant kidnappée par un bandit mexicain. Le film de Brooks propose une belle affiche, partagée par Robert Ryan, Woody Strode, Jack Palance, Burt Lancaster, Claudia Cardinale et Ralph Bellamy. Du beau monde, mais Lee Marvin saura encore mieux s'entourer l'année suivante sur Les Douze Salopards, film de guerre d'une modernité étonnante qui relate la mission suicide d'une bande de rebuts de l'armée, qui sont chargés de faire sauter un repaire nazi durant la seconde guerre mondiale. Aux côtés de Lee Marvin, on retrouve Ernest Borgnine, Charles Bronson, John Cassavetes, Robert Ryan encore, Telly Savalas, Jim Brown, Donald Sutherland ou encore George Kennedy. Un casting imposant pour ce film influent, dont l'énorme succès profitera à tout le monde et donnera naissance à plusieurs films du même genre, comme par exemple Quand les aigles attaquent avec Clint Eastwood, qui sortira l'année suivante.
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