

Jean-Pierre, 13 French street est votre meilleur film depuis longtemps. Comment ça se fait ?
Alors ça, c'est compliqué : c'est celui qui marche le mieux en avant-première. 13 French Street est sorti à Nancy où il a très bien marché. Il y a eu beaucoup de monde lors de la séance et les gens étaient contents. Alors c'était bien pour nous, bien que ce ne soit pas un film «dans mes habitudes». Il est adapté d'un roman qui date de l'époque du Facteur sonne toujours deux fois. Le Facteur sonne toujours deux fois a été tourné quatre fois et curieusement la première fois, il était tourné en France. Le film s'appelait Le dernier Tournant, c'était Michel Simon qui faisait le mari et Fernand Gravey qui était un comique jouait le rôle de Nicholson. Après, il y a eu la version avec Lana Turner et John Garfield. Après, Jack Nicholson et Jessica Lange. Entre toutes ces versions, il y a aussi celle de Visconti, Obsession, qui est beaucoup moins connue. La légende veut que Gil Brewer l'auteur du roman 13 French Street dont j'avais déjà adapté La machine à découdre en 1985 soit un ami et disciple de John Steinbeck. Et il a écrit 13 French Street avant le succès du Facteur sonne toujours deux fois. On a soupçonné James M. Cain de l'avoir copié. D'avoir introduit la femme fatale qui tue son mari etc. La différence, c'est que Brewer était un ivrogne comme la plupart des types de la pulp fiction. Comme Frederic Brown dont j'ai adapté L'ibis Rouge et La Bête de Miséricorde. J'ai toujours été un spécialiste des auteurs de pulp fiction. Et finalement, Quentin Tarantino qui est devenu mon ami. Enfin il est devenu mon ami à cause de ça. Il était plus jeune que moi et il avait vu ces films-là qui n'avaient pas été très vus aux Etats-Unis. Ce qui est très curieux, c'est qu'on a tourné le premier Facteur sonne toujours deux fois en France parce que les Américains ne voulaient pas l'adapter. Pareil pour Un linceuil n'a pas de poches que j'ai réalisé parce que personne n'en voulait aux Etats-Unis.
Pourquoi ?
A cause de la lutte entre les démocrates et les républicains ! Regardez La machine à découdre. C'est un film qui se passe pendant la guerre de Corée. La guerre de Corée, c'était un peu comme la guerre en Irak: il y avait beaucoup de détracteurs en Amérique. Le personnage principal que j'incarnais était un ancien de la guerre qui avait un revolver très spécial et il tuait les gens qui ne voulaient pas construire d'hôpitaux pour ceux qui revenaient de Corée et qui avaient perdu les yeux et les jambes etc. Dalton Trumbo avait fait Johnny s'en va t-en guerre qui lui aussi a connu beaucoup de problèmes. Je suis arrivé à cette conclusion que ces adaptations de romans étaient d'abord françaises. L'autre fois, j'ai croisé Sidney Lumet qui m'a demandé de revendre les droits d'Un Linceul n'a pas de poches parce qu'il voulait le refaire. Moi je voulais bien lui donner les droits mais il ne l'a pas refait. 13 French Street est le grand succès de Gil Brewer. C'est-à-dire que c'est un bouquin qui a ouvert l'histoire des femmes fatales. Assurance sur la mort, des trucs comme ça. Le résultat de tout ça, c'est que le film a été acheté à l'époque. Il avait 5 millions d'exemplaires. La RKO a acheté les droits puis la RKO a disparu. Et les droits sont retombés chez Brewer. Je connaissais un peu Brewer. Il est mort et sa veuve me propose un jour de faire une adaptation du roman. Je ne connaissais pas ce roman car il n'avait pas été traduit en Français. Donc je l'ignorais. Je l'ai retrouvé dans une bibliothèque où on pouvait retrouver tous les trucs que Brewer avait écrits. Quand j'ai vu qu'il y avait autant de lecteurs, je me suis dit "putain, c'est bizarre qu'il y ait 5 millions de lecteurs, c'est beaucoup".

De là est née l'idée de faire ce film. Il ne devait pas être tourné aux Etats-Unis à l'origine ?
Tout à fait. Il y a un producteur américain qui m'a proposé de le faire. Il m'a engagé pour le faire aux Etats-Unis avec Monica Bellucci en femme fatale, John Malkovich dans le rôle du mari et Jude Law dans celui de l'amant. L'affaire s'est faite. Il y a deux ans, le producteur m'envoie le contrat. Et dans le contrat, je vois avec stupeur que si au bout de sept jours, je ne donne pas satisfaction, je suis dégagé. J'ai téléphoné à Coline Serreau qui a connu le même problème : elle est partie à Hollywood pour réaliser le remake de Trois hommes et un couffin et elle a été remplacée par le fou furieux de Star Trek, le mec qui a les oreilles-là (NDR. Leonard Nimoy de son nom). Il a fait le film à sa place. Donc moi je me suis dit qu'au bout d'une semaine j'allais jarté. D'autant qu'ils voulaient tourner au Maroc. Et le Maroc n'était pas très sûr l'année dernière. Mais enfin bon, j'y aurais été parce qu'ils m'ont offert 350 000 dollars et que c'était un très gros salaire. Et Monica a demandé une somme colossale. Finalement, le producteur a pensé à une autre fille, Vahina Giocante. Après, il voulait remplacer Malkovich par John Hurt sous prétexte qu'il était trop cher lui aussi. Bref ça a merdé et en plus ce contrat me faisait chier. Donc je les ai envoyés au diable avec leur contrat et j'ai touché un peu d'argent pour le coup. On est revenu en France. Quand on est arrivé, on a commencé à prospecter des acteurs d'un certain niveau. On a commencé par choisir Dujardin pour le rôle finalement interprété par Thierry Frémont. Il n'a pas voulu faire le film parce qu'il trouvait que ça n'était pas pour lui. Dujardin est très gentil, je vais peut-être tourner avec, d'ailleurs. Après, j'ai relancé Bellucci vu qu'on ne faisait pas le film aux Etats-Unis mais en France. Je lui ai demandé : "est-ce que tu veux être co-productrice ?". Elle n'a pas voulu. Son agent n'a pas voulu. Malkovich était à Paris il y a deux ans pour faire des pièces. Il ne pouvait pas parce qu'il s'était engagé sur le nouveau Raoul Ruiz à Munich. D'ailleurs, j'ai appris par Raoul qu'il avait fait le film gratuit. Finalement, au mois de janvier dernier, j'envoie le scénario à Frémont, un acteur que j'apprécie mais qui n'est pas une star, au cinéma en tout cas. Bruno Solo avec qui j'avais tourné Le Bénévole m'a proposé de faire le salaud de service. Et il fallait remplacer le mari joué par Malkovich. On a finalement pris Tom Novembre avec qui j'ai déjà tourné deux fois. Une fois qu'on a eu ces trois hommes, il fallait trouver la femme. A un moment, je voulais prendre ma propre femme. Elle avait grossi pour un autre film. Elle était trop grosse pour le rôle mais elle a maigri maintenant. On a fait un casting chez les mannequins. On a voulu retrouver une Joan Crawford et on ne voyait pas une Française. On ne voyait pas Marion Cotillard. On ne voyait pas Sandrine Bonnaire. On a finalement décidé de prendre une inconnue, d'autant qu'on n'avait pas beaucoup d'argent. Et on a fait des essais avec des tas de filles. Tout Paris est venu dans mon salon. Finalement on a pris Nancy Tate qui avait fait l'Actor's studio. Donc elle était moins con que les mannequins.
Vous aviez fait des essais avec qui ?
J'ai fait des essais avec Ophélie Winter, Adriana Karembeu mais elles n'étaient pas bonnes. Mais Nancy Tate nous a émus. Elle y allait quoi, c'était une Américaine, elle s'est donnée dans le rôle. Finalement, on a fait le film en France et le tournage s'est terminé au mois de mars. Et puis Cognac l'a pris pour le festival. Maintenant, c'est un film qui sort dans un certain nombre de salles mais ce n'est pas une sortie événementielle. Ça sort dans une dizaine de salles. Pour l'instant, il est sorti à Nancy et il marche plutôt bien. Enfin il marche, il marche... Quand on voit L'homme sans âge, le film de Coppola. Coppola qui habite à côté de chez moi d'ailleurs. L'autre jour, il m'a dit qu'il est allé voir son film dans une des salles parisiennes et qu'il y avait quatre personnes. Je ne l'ai pas vu, son film. L'homme sans âge ne marche pas apparemment. Mais il a été acheté par Canal+ qui a beaucoup aimé le scénario. Ils l'ont acheté avant qu'il soit fait en lui donnant une totale confiance.






































