
30 JOURS DE NUIT
30 Days of Night
Un film de David Slade
Avec Josh Hartnett, Melissa George, Ben Foster
Durée : 2h
Date de sortie : 9 janvier 2008

Alaska, de nos jours. Au coeur de l'hiver, les habitants de la paisible ville de Barrow s'apprêtent à passer, comme tous les ans, un mois sans soleil. A la suite d'une série d'évènements étranges, Eben et Stella, les deux shérifs locaux, vont découvrir l'invraisemblable vérité. Un gang de vampires a investi la ville pour l'éradiquer de tous ses habitants. Eben et Stella vont organiser la riposte, mais peut on tuer ce qui est déjà mort ?
Et si on revenait aux basiques ? Ces derniers temps, les vampires au cinéma avaient pris le mauvais pli de n'incarner que des métaphores d'un genre contemporain troublé. Les états d'âme ne vont pas forcément mal à Dracula et consorts mais à force de psychologiser on avait fini par se demander s'ils n'allaient pas y laisser leurs crocs plantés dans des canapés de psy. Dans 30 jours de nuit, les vampires reviennent à leur substantifique moelle : se rassasier de sang humain. Point. David Slade leur rétrocède un statut d'authentiques créatures à sang froid. Au point de cruellement jouer à cache-cache avec leur garde-manger† : les 150 habitants de Barrow, coin perdu d'Alaska où vient de tomber la nuit polaire (voilà pour l'explication du titre). Et c'est parti pour deux heures de survival entre un petit groupe mené par l'irréductible shérif du coin et les suceurs de sang féroces au delà du raisonnable. Pas de place pour une lecture romantico-érotique du mythe vampirique. La psychologie se pratique ici à coups d'instruments très contendants.

Du basique donc. Et encore plus du frontal. 30 jours de nuit n'échange pas son baril de sang contre deux de vannes pourries ou trois de fausses pistes. Ce film à beau être produit sous le label Ghosthouse pictures (la boîte de prod' de Sam Raimi, au CV pas franchement reluisant jusque là à force de séries oscillante entre B et Z pour ados garantis sans trouille dedans - The grudge, Boogeyman, Rise...) on n'est pas là pour rigoler. 30 jours de nuit est offensif. Au moins autant que la BD dont il est inspiré. On sera d'ailleurs gré à Slade d'avoir voulu en respecter plus l'atmosphère cauchemardesque que le scénario. Notamment dans sa gamme chromatique toute en bleus, ocres et rouges. Ou dans le design des vampires, créatures grotesques aux dentitions démesurées, allant plus chercher du côté d'un Max Shreck que de celui d'un Christopher Lee. 30 jours de nuit n'est pas comme les films de la Hammer une variation -fut-elle bonne- sur le thème mais un retour aux sources, piochant autant dans le mythe fondateur (le personnage joué par un Ben Foster, en train de détrôner Crispin Glover pour ce qui concerne les rôles inquiétants, littéralement importé de chez Bram Stoker) que dans un amour du cinéma classique. Si le vampire est souvent associé à une idée de transmission, ici c'est de résurrection qu'il faudrait parler, tant Slade renoue avec la fibre du western ou du fantastique. D'un côté le déroulement du film, dans son récit comme dans sa sècheresse s'apparente à un mini Rio Bravo, de l'autre c'est The Thing et La nuit des morts vivants qui lui servent de bible. Jusqu'à des citations directes mais ayant l'intelligence d'être remises au goût du jour.

Le remix de la scène de la petite fille boulottant ses parents risque d'en hanter beaucoup après vision. L'alliance d'un concept novateur et d'une ultra-violence old-school procure à 30 jours de nuit, un aspect inattendu de cinéma hybride, utilisant autant l'attirail technologique numérique récent que des audaces digne du cinéma d'exploitation le plus malade. De même s'il laisse de côté la plupart des éléments de la panoplie habituelle des films de vampire, Slade rejette plus encore les us et coutumes du film d'horreur hollywoodien tel qu'adoubé dans les années 90 par des revisites post-modernistes ayant aseptisé le genre. Le happy-end n'est pas le bienvenu à Barrow. A la fin du film, si la lumière reviendra dans ce hameau, le noir s'est fait sur tout espoir de retour à une vie normale. 30 jours de nuit est une sacrée bonne nouvelle pour les amateurs de cinéma d'horreur : s'il n'a pas recours aux pieux enfoncé dans le coeur (on s'y massacre plutôt à la hache) ou à l'iconographie religieuse, Slade et son profond sens du malaise, redonne foi dans ce genre.
Alex Masson
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