
SI C'ETAIT LUI...
Un film d'Anne-Marie Etienne
Avec Carole Bouquet, Marc Lavoine, Florence Foresti
Durée : 1h28
Date de sortie : 12 décembre 2007

Après avoir tout perdu, sa femme, son travail, sa maison, Valentin se retrouve à squatter pour un temps l'appartement vide d'un ami dans les beaux quartiers parisiens et rencontre ainsi Hélène, la voisine, mère célibataire et écrivain à succès. Entre les deux, une histoire commence...
Il devient tellement rare d'être surpris au cinéma que lorsque cela arrive, le plaisir s'en trouve décuplé. Pourtant, Si c'était lui... souffre de nombreux maux, à commencer par l'impression désagréable qu'il manque des bouts à cette histoire. Certaines idées sont en effet plus que survolées, comme si la réalisatrice tournait les scènes prévues dans le scénario mais aussi les séquences illustrant des idées finalement non retenues. Une sorte de brouillon légèrement amélioré qui procure un sentiment trop marqué de frustration.

Heureusement, lorsque la trame narrative reprend sa route, le film évite de manière étonnante à peu près tous les pièges auxquels il était pourtant quasi prédestiné. Le personnage interprété par Carole Bouquet écrit un livre sur les différences entre classes sociales, et rencontre justement, ça tombe bien, un SDF qui squatte l'appartement voisin. Tout le monde s'attend à la romance passionnée entre la belle et sophistiquée Carole et ce nécessiteux affublé du charme ravageur de Marc Lavoine, entrecoupée évidemment par les difficultés que créeront à coup sûr leurs classes sociales radicalement opposées. Que les midinettes accros à Sous le soleil se rassurent, et tant pis pour le sacro-saint suspense, oui, Hélène et Valentin (ça ne s'invente pas) finiront ensemble. Mais pas forcément comme tout le monde l'imagine.
Car c'est là que le film propose une lecture particulièrement originale dans le quotidien pépère de la comédie sentimentale lambda. Premièrement, le beau Marc Lavoine n'est pas si beau que ça, le maquillage, ou l'absence de maquillage, le faisant volontairement passer pour un mec au physique relativement banal. Surtout, l'idylle entre Hélène et Valentin, si elle se confronte effectivement au gouffre socioculturel qui les sépare et au regard des autres, prend une tournure on ne peut plus pragmatique. Oui, vous avez bien lu, pragmatique. Il n'y a là ni de « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants » mielleux mais tellement rassurant pour nous pauvres spectateurs angoissés, ni même de fin tragique et désespérée à la Roméo et Juliette. Et si c'était lui... raconte la naissance d'une romance de cinéma et la transforme en histoire réaliste.

Et c'est avec ce même souci de réalisme que le film s'abstient de partir dans des envolées moralistes sur la condition de SDF, évitant également de tomber dans le pathos ou les discours bien-pensants et forcément hypocrites. Anne-Marie Etienne ne réalise pas un film sur les sans abris, ni même ne cherche à apporter une quelconque réflexion sur leur condition dans notre société. Elle se rend compte avec intelligence qu'un tel discours serait déplacé et sans doute simpliste vu la durée impartie. La réalisatrice se concentre donc sur cette histoire d'amour traitée de manière pertinente et même rafraîchissante, réconciliant en quelque sorte les anti-romantiques avec le cinéma français, ce qui n'est pas là sa moindre qualité. Le tout parsemé de quelques apparitions énergiques et souvent drôles de Florence Foresti. Un film sans prétention qui présente la vie telle qu'elle est, ni plus, ni moins.
Laurent Tity
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