
"Le film, pop, fun et bariolé, consommable sur des visions répétées, donne l'impression d'avoir absorbé de l'ecstasy sans avoir à subir les conséquences du bad trip."

Dans House, Oshare («élégante» en Japonais), une adolescente endeuillée depuis la mort de sa tendre maman et échaudée par l'idée que son compositeur de papa aille reconstruire sa vie avec une autre femme, refuse de partir en vacances avec le vieux et belle-maman et opte pour une option plus radicale que les colonies de vacances: partir dans le manoir de sa tante défunte avec des amies un peu concon qui fantasment sur le prof de sport. Un remède formidable pour fuir l'horreur du quotidien pas cool. Là-bas, une autre forme d'horreur (des forces maléfiques) les attend et la suite (qu'il ne faut pas révéler à ceux qui ne l'ont pas vu) crée un contraste hallucinant avec tout ce qui a précédé et que l'on pouvait trouver totalement bêta. En réalité, le mythe de la maison hantée sert à faire le lien entre le contexte initial très niais et un déroulement très trash. House est un objet de cinéma fantastique extrêmement surprenant et novateur, comme on en faisait peu (voire pas) à l'époque et comme on n'ose plus en faire aujourd'hui.

Comme il y a quelques années La bête aveugle, de Yasuzo Masumura, il grossit la liste des films «autres» honteusement inédits en zone 2 français (il est pour l'instant uniquement disponible dans une édition allemande assez médiocre) alors que ses prouesses techniques contiennent plus d'intérêt que la majorité des navets qui sortent dans des éditions collector aujourd'hui. Ce qui resplendit ici, c'est la forme - éclatante - qui, sans en avoir l'air, sous son habillage kitsch et flashy, contient plus d'audace et de folie que Suspiria et Pique-nique à Hanging rock réunis. C'est dire. Pour que la justice soit faite, il devrait ressortir dans les salles françaises aujourd'hui pour compenser l'anonymat qu'il a subi à l'époque. Du travail fastoche vu qu'il ne nécessiterait d'aucune restauration tant les idées formelles déployées restent hallucinantes - l'adjectif est faible - de modernité et d'avant-gardisme (le film vient d'avoir 30 ans vu qu'il date de 1977). Pas de sushi: cela arrivera un jour ou l'autre. Mais sachez que le découvrir aujourd'hui revient un peu à déterrer Edvard Munch, de Peter Watkins de sa tombe. Un chef-d'oeuvre absolu avec lequel il partage le même grain dans le ciboulot et le même montage staccato expérimental de taré. Pourvu que des distributeurs/éditeurs intelligents nous entendent: ce House (Hausu) en vaut la peine.
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