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INTERVIEW : JAMES GRAY (LA NUIT NOUS APPARTIENT)

INTERVIEW : JAMES GRAY (LA NUIT NOUS APPARTIENT)

Tout sur LA NUIT NOUS APPARTIENT - La Critique - Photos - Le 2007-11-28 07:29:21


Avec Little Odessa, une histoire de famille et de délinquants, James Gray ressemblait à un peintre qui avait trouvé dans le cinéma un débouché plus vaste pour ses aspirations artistiques et révélait une maîtrise hallucinante de la mise en scène, du scénario et de la direction artistique. A l'époque, il n'avait que 24 ans. Depuis, il a grandi et son regard sur les humains a évolué. Avec The Yards, second long métrage, le cinéaste verrouillait sa mise en scène à un découpage strict et puisait toute la dynamique de son histoire dans la nervosité du montage et le jeu de ses acteurs. Pour apporter une référence picturale, il avait demandé à son chef-opérateur Harris Savides de s'inspirer des tableaux de Georges de La Tour, peintre des jeux de lumière ocre et du clair-obscur. Loin des modes et des pressions, Gray confirmait alors une détermination à revisiter les codes du film noir: les hommes agissent et tuent, les femmes attendent et souffrent. Peu éloigné de The Yards dans sa construction, La nuit nous appartient est une nouvelle affaire de famille qui évoque les films réalisés dans les années 50 par Elia Kazan et Nicholas Ray. Sans atteindre l'intensité de ses deux précédents opus, ce film qui risque de remettre au goût du jour le vilain amalgame entre classicisme et académisme possède l'évidence d'une tragédie grecque filmée par un esthète. Sifflé lors de la projection de presse, l'objet se fait traiter de toute sorte d'anathèmes risibles («film Sarkoziste») qui cachent les qualités (un début stratosphérique, une scène de course-poursuite sous la pluie hallucinante) et les vrais défauts du film (quelques faiblesses d'écriture, une dernière partie déroutante). Dégoûté par l'accueil, le mal aimé Gray est d'assez mauvais poil. C'est la dernière interview qu'il donne lors de ce festival cauchemardesque - il s'apprête à prendre son avion pour rejoindre sa femme qui vient d'accoucher aux Etats-Unis - et nous sommes le dimanche matin, quelques heures avant l'annonce du palmarès. Il sait déjà qu'il ne recevra aucune récompense mais ne peut rien me dire. Le désespoir se lit juste dans son regard et à travers ses réponses un rien désabusées. Pour celui qui regarde ça, c'est très beau.


Chaque nouveau long métrage que vous réalisez est extrêmement attendu. Mais vous mettez beaucoup de temps à rebondir de l'un à l'autre. Est-ce parce que vous êtes un perfectionniste angoissé?
J'aimerais réaliser plus souvent mais je vais vous répondre ce que j'ai répondu à tout ceux qui sont passés avant vous et qui m'ont posé cette question: j'adorerais que l'on me donne plus d'argent pour mettre en scène des films de manière plus fréquente mais la vérité, c'est que mes films ne sont pas autant sollicités que vous le pensez. Surtout lorsqu'on n'a pas le soutien d'un festival prestigieux comme Cannes. J'avais présenté The Yards en 2000 et j'étais reparti bredouille. Mes films ne coûtent pas beaucoup d'argent et ils demandent un respect de la part de la critique qu'ils n'obtiennent pas facilement. Je ne suis pas quelqu'un de lent ou de laborieux. Le scénario de The Yards était achevé bien avant que je commence le tournage. Pareil pour celui de La nuit nous appartient qui était fini en 2002. La raison pour laquelle j'ai mis autant de temps pour signer un nouveau long métrage vient de cette difficulté à tout rassembler. A savoir le casting, l'argent etc. Prenez par exemple un réalisateur respecté comme Paul Thomas Anderson qui reçoit des critiques dithyrambiques à chaque nouveau film et avec qui toute la profession veut travailler. Entre Punch Drunk Love et There will be blood, il s'est écoulé près de cinq ans. Je suis admiratif de son travail car il arrive à construire ses films en dehors du système. Le système ne veut pas des films de Paul Thomas Anderson, ni même des miens. Il veut des suites rémunératrices. C'est le même refrain que sortent les auteurs mais c'est une réalité qui justifie le fait que certains cinéastes ne tournent pas plus souvent. Je ne pointe pas du doigt la critique mais un système.


Vos films ont la particularité d'être sous-estimés lors de leurs sorties en salle et très appréciés des années plus tard. Little Odessa est aujourd'hui un film culte. The Yards s'était fait démolir au festival de Cannes. Aujourd'hui, il est considéré comme un grand film.
Ils sont considérés comme des films majeurs en Europe seulement. Aux Etats-Unis, les producteurs n'accordent pas d'importance à cet impact et c'est dans mon pays que je dois trouver les financements. Quant au phénomène qui accompagne mes films, je n'en suis pas conscient. Sans doute parce que je suis essentiellement confronté au retour du public américain. Sincèrement. Je suis désolé de ne pas avoir de meilleures réponses à vous proposer.

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