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CINE : COW BOY

CINE : COW BOY

Tout sur COW BOY - La Critique - Photos - Le 2007-12-07 02:28:31



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Un journaliste décide de consacrer un documentaire à une prise d'otages oubliée qui a défrayé la chronique quelques années plus tôt. En retrouvant un à un les principaux protagonistes de l'époque, il ravive malgré lui des blessures mal cicatrisées et remet sa propre vie en question. Formé à l'école de l'émission de la télévision belge “Strip-tease”, Benoît Mariage est un adepte résolu du cinéma vérité qui ne filme jamais pour ne rien dire. Dès son court métrage Le signaleur, il y a dix ans, il a trouvé en Benoît Poelvoorde, alors à ses débuts, son interprète de prédilection. Aujourd'hui parvenu au faîte de la gloire, entre la sortie des Deux mondes, le 21 novembre, et Astérix et Obélix aux Jeux Olympiques, dans lequel il incarne le fils de... Jules César alias... Alain Delon, ce dernier reste fidèle à l'auteur discret des Convoyeurs attendent sur lequel il ne tarit pas d'éloges. Il faut dire que ce tandem-là fonctionne à merveille.

cowboy

COWBOY
Un film de Benoît Mariage
Avec Benoît Poelvoorde, Julie Depardieu, Gilbert Melki
Durée : 1h36
Date de sortie : 05 décembre 2007

Cowboy est un film à la fois fragile et attachant. Fragile parce qu'il repose essentiellement sur la personnalité explosive de Poelvoorde qui ne se révèle jamais aussi juste que quand il se trouve confronté à des interprètes non-professionnels, comme c'est ici le cas dans plusieurs scènes, sans jamais pour autant que le metteur en scène lui laisse le loisir de voler la vedette à ses partenaires, dont il exploite habilement l'inexpérience. Attachant parce que Benoît Mariage sait mettre en valeur la personnalité de ses protagonistes sans créer de déséquilibre patent entre eux. Face à Julie Depardieu ou Gilbert Melki, Benoît Poelvoorde s'avère évidemment très juste, mais c'est face aux inconnus choisis pour lui donner la réplique qu'il révèle toute la richesse de son jeu. Ce n'est pas un hasard si le comédien considère son travail avec Mariage comme le plus significatif de sa carrière pourtant déjà faste. Alors que la plupart des comiques n'aspirent à changer de registre qu'une fois leur notoriété établie, Poelvoorde a eu l'audace de se mettre en danger depuis ses débuts, ce qui lui confère aujourd'hui une densité dramatique sans doute moins fabriquée que celle de Bourvil dans Les yeux sans visage ou Le cercle rouge voire Coluche dans Tchao pantin.

Benoît Mariage a le don de s'attaquer à des sujets douloureux en mettant ses interprètes en danger et en les poussant dans leurs ultimes retranchements, une fois retiré le vernis d'apparences souvent trompeuses. Après L'autre, un film ô combien bouleversant sur le deuil d'un jumeau et ses ravages sur la fragile harmonie d'un couple ordinaire et du bébé survivant, c'est une fois de plus le cas ici. La forme volontairement brute cultive par ailleurs un cousinage évident avec celle adoptée par son jeune compatriote Joachim Lafosse dans Ça rend heureux qui pourrait inciter à y voir l'émergence d'une véritable école belge dont les frères Dardenne constitueraient les maîtres à filmer.

cow boy

Malgré toutes ces qualités, Cowboy n'échappe pas toutefois à certaines redites, le milieu du film constituant en l'occurrence son ventre mou, quand le réalisateur décide de reconstituer le fait divers en emmenant ses témoins dans un autocar sur les traces de ce passé dont, cruelle ironie du sort, ils ont parfois conservé moins de souvenirs que lui. À travers cette quête de vérité en forme de leurre entreprise par un journaliste qui s'est laissé endormir par le ronron de sa routine professionnelle, c'est la vérité de son protagoniste qu'il traque sans relâche et, à travers lui, sans doute son propre rapport au monde. Malgré son titre qui semble promettre des chevauchées fantastiques et des duels sans merci, Cowboy est un film intime et douloureux qui nous renvoie tous à ce que nous sommes et surtout à ce que nous aurions pu devenir si nous ne nous étions pas laissés entraîner paresseusement par le confort et la facilité.

Jean-Philippe Guerand

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