
INTERVIEW CARLOS REYGADAS (LUMIERE SILENCIEUSE)
Tout sur LUMIERE SILENCIEUSE - La Critique - Photos - Le 2007-12-02 06:09:04
Que ce soit Japon, Bataille dans le ciel et Lumière Silencieuse, vos trois longs métrages possèdent comme point commun d'être dérangeant une première fois et de prendre de la valeur au fil du temps. Est-ce dans cette démarche que vous réalisez?
Ce n'est pas mon intention de déranger à tout prix, mais c'est un fait. Beaucoup de gens me disent la même chose. Notamment que plus on revoit mes films, plus on les apprécie. Ou alors on déteste moins (rire). C'est important de le dire parce que selon moi, un film ne fonctionne que sur le temps. Je juge souvent en fonction un film en fonction de si j'ai envie de le revoir plusieurs fois. Le même phénomène peut fonctionner à l'inverse. Il y a des films qu'on découvre une première fois et qui nous frappe. Puis on les revoit et on se rend compte qu'on nous a piégés.
Existent-ils des films que vous avez détesté sur le moment et qu'aujourd'hui, en les revoyant, vous trouvez formidable?
Cela m'est déjà arrivé. Par exemple sur Twenty-nine Palms, de Bruno Dumont. J'adorais les deux premiers films de Dumont. Mais celui-là, je me suis demandé pourquoi il avait voulu faire ça et raconter cette histoire. Sur le moment, j'ai détesté. Plus tard, je l'ai revu et je me suis rendu compte qu'il n'était peut-être pas aussi parfait que le précédent et que c'était précisément pour ça qu'il était plus intéressant. Aujourd'hui, je peux dire que Twenty-nine Palms est un film incroyable. Ce n'est pas le cas il y a encore deux trois ans. C'est pour ça que j'aimerais revoir Flandres que je n'ai trop aimé la première fois que je l'ai vu.

Est-ce exact que vous avez découvert le cinéma avec Tarkovski?
Oui. Je déteste parler de Tarkovski parce qu'on me le cite tout le temps au sujet de mes longs métrages.
Surtout que dans Lumière Silencieuse, on pense plus à Dreyer qu'à Tarkovski.
Exactement. La vérité, c'est que mon cinéma n'est pas Tarkovskien. Mais là aussi, c'est un fait. En voyant Lumière Silencieuse, beaucoup de gens doivent penser que j'aimerais faire un cinéma Tarkovskien ou que je suis profondément inspiré par son travail. Ce n'est pas si vrai. J'ai grandi avec ses films mais j'ai réussi à en faire le deuil. J'ai vu Nostaghia lorsque j'avais 15 ans et je me suis rendu compte que le cinéma était beaucoup plus que de la littérature illustrée. A mon sens, il y a de trop nombreux films qui sortent aujourd'hui et qui font de la littérature illustrée. Bresson parlait de théâtre filmé, je pense plutôt qu'il s'agit de littérature avec les moyens du théâtre et donc une photographie de théâtre. La forme et le fond sont très "divorcés" en cinéma. Pour moi, c'est l'inverse: ils doivent dire exactement la même chose. C'est comme pour la musique. Et la musique est belle pour ça. Parce qu'elle est pure et qu'on ne peut pas séparer la forme du fond. Personne ne peut dire en écoutant un morceau qu'il ne le comprend pas.











































