toutes les news CINE : JUNOSommaireCINE : LIVE!
INTERVIEW CARLOS REYGADAS (LUMIERE SILENCIEUSE)

INTERVIEW CARLOS REYGADAS (LUMIERE SILENCIEUSE)

Tout sur LUMIERE SILENCIEUSE - La Critique - Photos - Le 2007-12-02 06:09:04


Eblouissant est un adjectif qui revient souvent à la vision de Lumière Silencieuse, un film majestueux, pourtant très simple, sans astuce. Après Japon et Bataille dans le ciel, deux expériences cinématographiques rigides et difficiles, le réalisateur Carlos Reygadas - débonnaire et paradoxal en interview alors que son style tutoie l'ascèse - plaide un cinéma viscéral et contemplatif où images et pensées se partagent entre gravité et légèreté, surface et profondeur, mélancolie et désir. Mais si la dialectique, la morale appartiennent à son vocabulaire, ce dernier film, simple et entêtant, échappe comme par magie aux écueils didactiques. La preuve: il cite plus Dreyer que Tarkovski. Par le traitement de ses personnages, flottant sans cesse entre l'incarnation et le spectral et la construction d'une atmosphère irréelle, Carlos Reygadas idéalise un micro-événement adultérin (un homme rigoriste est partagé entre deux amours: sa femme et sa maîtresse) pour le sortir du concret, comme s'il n'y avait de beauté que dans les espaces fantasmatiques des consciences. Très loin des volutes sentimentales réclamées par la classique love affair, il plonge dans une communauté inconnue (les mennonites du nord du Mexique) et ausculte le gouffre des pulsions élémentaires en bousculant les modes d'emploi avec des silences, des points de suspension, le langage des corps. L'effet est sidérant car plus on repense au film, plus il prend de la valeur. L'étrange poésie qui émane de ce curieux univers où chaque élément (son, durée des plans, hors-champ) renvoie à l'autre dans une discrète et inquiétante harmonie s'insinue en nous pour longtemps. Comme Japon et Bataille dans le ciel, deux films qui agressaient sur le moment et gagnaient en puissance avec le temps, Lumière silencieuse contient des moments de génie qui se manifestent dans l'utilisation de la lumière, la composition des plans et, généralement, l'art de suggérer avec un minimum de moyens. Ce rayon de lumière sacrée, d'une puissance tellurique, d'une lenteur oppressante, sort début décembre. Allez à sa rencontre: vous en sortirez différent.

lumière

Que ce soit Japon, Bataille dans le ciel et Lumière Silencieuse, vos trois longs métrages possèdent comme point commun d'être dérangeant une première fois et de prendre de la valeur au fil du temps. Est-ce dans cette démarche que vous réalisez?
Ce n'est pas mon intention de déranger à tout prix, mais c'est un fait. Beaucoup de gens me disent la même chose. Notamment que plus on revoit mes films, plus on les apprécie. Ou alors on déteste moins (rire). C'est important de le dire parce que selon moi, un film ne fonctionne que sur le temps. Je juge souvent en fonction un film en fonction de si j'ai envie de le revoir plusieurs fois. Le même phénomène peut fonctionner à l'inverse. Il y a des films qu'on découvre une première fois et qui nous frappe. Puis on les revoit et on se rend compte qu'on nous a piégés.

Existent-ils des films que vous avez détesté sur le moment et qu'aujourd'hui, en les revoyant, vous trouvez formidable?
Cela m'est déjà arrivé. Par exemple sur Twenty-nine Palms, de Bruno Dumont. J'adorais les deux premiers films de Dumont. Mais celui-là, je me suis demandé pourquoi il avait voulu faire ça et raconter cette histoire. Sur le moment, j'ai détesté. Plus tard, je l'ai revu et je me suis rendu compte qu'il n'était peut-être pas aussi parfait que le précédent et que c'était précisément pour ça qu'il était plus intéressant. Aujourd'hui, je peux dire que Twenty-nine Palms est un film incroyable. Ce n'est pas le cas il y a encore deux trois ans. C'est pour ça que j'aimerais revoir Flandres que je n'ai trop aimé la première fois que je l'ai vu.

lumière

Est-ce exact que vous avez découvert le cinéma avec Tarkovski?
Oui. Je déteste parler de Tarkovski parce qu'on me le cite tout le temps au sujet de mes longs métrages.

Surtout que dans Lumière Silencieuse, on pense plus à Dreyer qu'à Tarkovski.
Exactement. La vérité, c'est que mon cinéma n'est pas Tarkovskien. Mais là aussi, c'est un fait. En voyant Lumière Silencieuse, beaucoup de gens doivent penser que j'aimerais faire un cinéma Tarkovskien ou que je suis profondément inspiré par son travail. Ce n'est pas si vrai. J'ai grandi avec ses films mais j'ai réussi à en faire le deuil. J'ai vu Nostaghia lorsque j'avais 15 ans et je me suis rendu compte que le cinéma était beaucoup plus que de la littérature illustrée. A mon sens, il y a de trop nombreux films qui sortent aujourd'hui et qui font de la littérature illustrée. Bresson parlait de théâtre filmé, je pense plutôt qu'il s'agit de littérature avec les moyens du théâtre et donc une photographie de théâtre. La forme et le fond sont très "divorcés" en cinéma. Pour moi, c'est l'inverse: ils doivent dire exactement la même chose. C'est comme pour la musique. Et la musique est belle pour ça. Parce qu'elle est pure et qu'on ne peut pas séparer la forme du fond. Personne ne peut dire en écoutant un morceau qu'il ne le comprend pas.

> Lire la suite de l'article

  

[p1] [p2] [p3] [p4]

vos avis Ajouter un avis
easton26 Un grand réalisateur    30 nov
 


Imprimer cet articleEnvoyer cert article à un ami

Notez ce film

note des internautes :
10.0/10
(3 votes)

Les autres films

 
agenda cinema
 
blogs