
JALIL LESPERT, UN ESPOIR DE SON TEMPS
Tout sur 24 MESURES - La Critique - Photos - Le 2007-12-05 05:17:24
Cette lumière qui rejaillit sur notre filmographie nationale porte en effet un nom, celui d'un comédien déjà reconnu (Le petit Lieutenant, Virgil, Ressources humaines) qui avec son premier long s'impose comme l'un de nos plus prometteurs cinéastes. Est-ce trop tôt ? Est-ce excessif ? Peut-être sommes nous trop enthousiastes mais à l'heure où l'ennui nous comble devant tant de nos produits nationaux, autant faire preuve d'un violent transport au risque de l'erreur. Cela paraît préférable au fait de toujours encenser ces trop nombreuses figures qui du fait de leurs réseaux, de leurs passés ou de leurs manies, font du film comme d'autres des biscuits. Incapables de se remettre en question, dans l'impossibilité de se retourner sur eux-mêmes, trop de cinéastes hexagonaux nous navrent encore et toujours, alors il semble justifié de s'enflammer au moins une fois pour un auteur - surtout lorsqu'il est si prometteur.
Jalil Lespert est en effet celui qui cristallise notre attention à l'heure où son excellent film va gagner nos salles, et au vu de ce qu'il est capable de faire, on ne peut qu'attendre le second avec une impatience immense. Mais expliquons nous. Tout d'abord, rares sont ceux qui savent gérer un casting aussi prestigieux que celui qu'il réunit (Benoît Magimel, Sami Bouajila, Lubna Azabal, Bérangère Allaux...) et lui permettre alors qu'on débute de donner sa pleine mesure. Cela, il y parvient tout en se permettant d'ailleurs le luxe d'offrir à Benoît Magimel notamment, l'un de ses rôles les plus convaincants après la Pianiste et L'Evangile selon Saint Matthieu. Ensuite, plus précieux encore sont ceux qui font preuve d'une étonnante maîtrise tant dans la forme que dans le fond, pour un premier long, cela en osant, des histoires aussi complexes et délicates à raconter que celle qu'il choisit de mettre en scène et en images.

En effet, 24 mesures relate l'enchevêtrement de quatre destinées un même soir de décembre; ainsi, suit-on autant de personnages qui vont se confronter à eux-mêmes, à leur finitude et plus encore à leur nécessité de faire appel désespérément à l'autre. Histoire d'Amour et de vengeance, de confiance et d'accablement ultime, ce métrage porte en lui une densité, une profondeur et plus encore une subtilité, rarement vues ces temps derniers dans nos chères salles obscures. Loin des films « chorale » qui agacent par leur vacuité et leur mécanique systématique, 24 mesures, superbement coécrit avec Yann Apperry, autre valeur montante des lettres Françaises, surprend par sa vigueur et sa tenue en nous proposant un récit admirablement composé et mené. Autant dans ses effets que dans son déroulement. Et ce qui ne gâche rien, c'est qu'il jouit de surcroît d'une monstration d'une contemporanéité et d'un dynamisme que pour l'heure, seule l'Asie et le meilleur du cinéma indépendant Américain avaient su ces dernières années nous offrir. Caméra portée, cadre mouvant et figures empathiques en gros plan nourrissent en effet un film étonnamment recherché, qu'une musique immersive employée avec une notable efficacité et un découpage pensé finissent de rendre inévitable.
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