
DOSSIER : EX DRUMMER, PUNK DRUNK LOVE, LE NOUVEAU TRAINSPOTTING
Tout sur ex drummer - Photos - Le 2007-12-10 11:31:47
Ce n'est pas tous les jours que l'on sort d'un film en se disant qu'on vient de se prendre un TGV en pleine face. Qui se termine extrêmement mal mais vous file une patate d'enfer. Film flamand pas dans les normes, précipité outrageux de «No Future», Ex Drummer, premier long métrage extrêmement chaud de Koen Mortier, vous affûte l'esprit et vous met en train pour une bonne petite fête d'ultra-violence. Encore inconnu au bataillon sauf pour les petits curieux fouineurs, ce trip trash et rock qui évoque Bruno Dumont sous ecsta - dans le meilleur des cas - ou une performance de Bruno Costes filmé par Gaspar Noé - dans le pire - commence depuis un an à se traîner une réputation de «souffre culte». Il faut dire qu'il a tous les éléments pour marquer les esprits et devenir une référence. 1) Il est adapté d'un roman déjà culte de Herman Brusselmans, Chuck Palahniuk national. 2) Il propose grosso modo le même choc narratif et les mêmes idées formelles que Trainspotting en son temps mais du point de vue flamand avec grisaille hypertrophiée et personnages encore plus violents. 3) Koen Mortier a choisi des comédiens ultra-décomplexés qui n'ont peur de rien et peaufiné une bande-son hallucinante qui contient le meilleur de la scène rock flammande. Comme dans le best-seller dont il s'inspire, le film adopte le point de vue d'un romancier («le pire de tous», d'après Mortier) qui devient membre d'un groupe débile et raconte sa déchéance en compagnie des joyeux zouaves ostendais après avoir essayé de les manipuler. Le film n'a rien d'une carte postale mais ressemble plus à un concentré de provocations acides que l'on peut trouver vaines si on n'est pas client des bizarreries provenant du cerveau d'un auteur déjanté. Mais la décontenance des uns ne bridera pas la folie des autres, trop heureux de découvrir un objet de cinéma totalement «autre» où les personnages shootés gerbent du sang, s'explosent la cervelle, marchent au plafond, couchent avec n'importe qui, pissent en bas de l'écran, fracassent la tronche d'un conducteur de bus etc.

Koen Mortier a commencé le cinéma sur le tard, à 30 ans, avec un premier court métrage expérimental (Anatomij), en 1995. Son parcours est étrangement proche de celui d'un Roy Andersson. N'ayant pas envie de céder aux sirènes de la télévision (peur du calibrage), encore moins à celles des séries (peur de la répétition), il laisse éclater son imagination dans des pubs très visuelles qui contiennent de la 3D et reposent sur un visuel teinté de poésie. Il voyage un peu partout (France, Hollande) avant de revenir en Belgique. Le scénario de Ex Drummer est né il y a 8 ans. Mortier avait commencé à l'écrire avec Philippe Aubert, le propriétaire de Coproductions Office ayant bossé Lars Von Trier. Hélas, rien n'a abouti. Mortier oublie, y repense, continue les pubs et peaufine de son côté les idées saugrenues de son scénario. Ex-drummer est relancé trois ans plus tard lorsqu'il monte sa boîte: elle est destinée à faire découvrir le monde de la pub à de jeunes réalisateurs sans prendre de risques financiers, tout en assurant une grande liberté artistique. Des producteurs étrangers viennent se greffer au projet et Mortier peut l'achever. Ce n'est qu'une fois fini que le film suscite des réactions très controversées. Il faut dire que Ex Drummer tend souvent les fesses pour se faire fouetter. Au moment de la sortie flamande, il n'évite aucun malentendu. Les critiques n'y voient qu'un salmigondis nauséeux qui flatte les bas instincts de l'homme (car, oui, autant prévenir: ça se défonce, ça glande, ça lose, ça baise, ça se déchire la gueule, ça viole et surtout ça tue). Ils accusent par ailleurs Mortier de soutenir le parti nationaliste flamand d'extrême droite. Ce serait pourtant oublier que nous sommes dans un trip (donc dans la tête de quelqu'un). Tous les événements sont sauvagement amplifiés pour rappeler à quel point le cinéma est l'art du mensonge et qu'il autorise toutes les outrances inconcevables ailleurs (l'image, d'ores et déjà anthologique, du junkie qui marche au plafond).
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