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INTERVIEW GUILLAUME NICLOUX (LA CLEF)

INTERVIEW GUILLAUME NICLOUX (LA CLEF)

Tout sur LA CLEF - La Critique - Photos - Le 2007-12-12 12:21:28


Prenez un casting quatre étoiles (Guillaume Canet, Thierry Lhermitte, Josiane Balasko, Jean Rochefort, Vanessa Paradis, Marie Gillain) et plongez-le dans une ambiance délétère à crever. Après Le concile de Pierre, tentative partiellement convaincante de film de genre commercial sur le mode intimiste et expérimental, Guillaume Nicloux, l'une des valeurs françaises les plus stimulantes de ces dernières années avec Gaspar Noé et Marina de Van, revient avec La Clef, un objet de cinéma à la fois ludique et cérébral, où il s'aventure sur le terrain a priori plus familier du thriller insolite avec ses personnages étranges, son atmosphère poisseuse et ses rebondissements pirouettes. Un genre qu'il maîtrise parfaitement. Sauf qu'à l'inverse de ses oeuvres précédentes où l'on suivait un protagoniste entouré d'une pléiade de personnages secondaires cintrés, Nicloux n'a pas eu envie de faire les choses à moitié et présente trois parties étrangement liées par le montage. Trois histoires parallèles dont deux prolongent les intrigues d'Une affaire privée et de Cette Femme-là qui pouvaient frustrer par leurs dénouements abrupts. Ceux qui s'attendent à un polar consensuel riche en lieux communs révélant tous ses secrets peuvent passer leur chemin. Ils risquent de décrocher très rapidement. En revanche, les amateurs de puzzles mentaux et de dérives anxiogènes seront aux anges tant le cinéaste donne matière à nous plonger dans ses cauchemars. Tel quel, ça ressemble à un épisode de Twin Peaks contaminé par le spleen. Avec la même prédilection que Lynch pour les ambiances maussades, le même goût pour la beauté nichée dans la laideur. En abordant des thèmes qui reviennent plus ou moins silencieusement dans son cinéma (la filiation, la peur bleue de tomber sur un psychopathe au coin de la rue); en autopsiant le mal et la profondeur de ses escarres (machination sournoise, vengeance personnelle), Nicloux a signé une merveille de noirceur qui touche si profondément qu'on met du temps à sortir la tête de sa minutieuse architecture. Enigmatique en interview, le cinéaste revient sur les malentendus que son travail peut provoquer et divulgue quelques indices aux petits malins. Ça sort le 19 décembre et c'est l'un des meilleurs films français de l'année.


En substance, La clef raconte trois histoires en une (celle contenant Guillaume Canet). Deux d'entre elles se présentent comme des prolongements de vos deux précédents longs métrages (Une affaire privée et Cette femme-là, à travers les personnages de Thierry Lhermitte et Josiane Balasko). Question: est-ce qu'il s'agit d'un film-somme qui rassemble à la fois vos codes usuels et farfouille du côté de l'expérimentation?
Il est possible qu'il y ait eu une envie, à un moment donné, de poser définitivement ce que j'avais commencé à chercher avec les films précédents et de donner une forme résolutoire à l'ensemble. C'est peut-être une des raisons pour lesquelles - je dis peut-être car je n'ai pas cherché la vraie raison - j'ai cherché à explorer une forme de narration avec une structure assez complexe où la résolution interviendrait dans une des formes narratives qui à un moment donné s'inscrit dans une temporalité radicalement opposée aux autres. C'est un jeu de mikado assez complexe de façon à éluder une partie des résolutions de la ligne principale pour la faire intervenir dans les autres. Ça demande parfois de la dextérité, de l'attention, pour totalement comprendre la résolution. Mais je me fous un peu de savoir si le spectateur va totalement comprendre. Je veux dire par là que tout comprendre n'est pas ce qui est important. Ce qui l'est, c'est de savoir si à travers toutes ces intrigues le climat et la forme atmosphérique du film va peu à peu prendre une emprise aussi importante que la forme obligée, celle liée aux péripéties du thriller. J'ai cherché à raconter une histoire qui use les codes universels en essayant de les déglinguer pour finalement accorder autant d'importance à l'histoire qu'à la manière de raconter l'histoire. Sachant que le principe de ce film n'est pas le même que celui d'une Affaire privée. Cela ne correspondait pas réellement à ce que je voulais faire avec ce type de films. Une affaire privée, Cette femme-là et La clef appartiennent à un monde qui ne s'arrête pas à la fin de la projection. Si on devait parler d'ambition sur un film, ce serait de le laisser vivre plus longtemps dans l'esprit du spectateur. De façon à déclencher un raisonnement qui ne sera pas le même que celui de son voisin.


L'évolution entre Une affaire privée et La clef est impressionnante. Vous donnez presque plus d'importance à l'atmosphère qu'au scénario. Ce qui donne l'impression, outre les corrélations entre les films, de regarder un épisode de Twin Peaks. Un film de Lynch sous la forme d'une série exploitable à l'envi.
De mon point de vue, j'avais plus l'impression que le film empiétait plus sur un registre assez réaliste et intimiste. Vous posez la question de l'importance de l'atmosphère au cinéma. On peut faire ce qu'on veut avec l'image et le son. La plupart des gens ne le remarque pas. Pour le spectateur, c'est l'histoire qui prime. Ça peut raconter une histoire d'amour même si c'est étrange. On peut comprendre ce qui lie les personnages de Blue Velvet ou de Lost Highway sans rien comprendre de l'histoire. Si vous voulez vous immiscer dans ce type de récit, vous le traitez de manière naturaliste. C'est là où le danger guette: vous ne vous raccrochez pas à une image sinistre ni à un son volontairement auditif. Mais au contraire à des instants de vie qui empiètent sur un univers. Je ne fais pas de comparaisons de qualité mais pour situer un univers «à la Pialat», l'adultère conjugal prend une place importante dans le couple. La façon dont les comédiens vont se comporter à l'image diffuse cette atmosphère et ce climat particuliers. Le climat, ce sont les comédiens: ils dictent la mise en scène et ce que l'on va entendre au-delà des mots. Ce sentiment curieux qui diffuse un sentiment de malaise et de trouble.

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Blag-Gyver Haaaa Marie Gillain...    12 déc
 


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