
XXY
Un film de Lucia Puenzo
Avec Ricardo Darin, Valeria Bertuccelli, Germain Palacios, Carolina Peleritti
Durée : 1h30
Date de sortie : 26 décembre 2007

XXY se présente comme une fable queer sur la découverte de soi par la sexualité (hétéro, homo, va falloir choisir ton camp!) qui sonde l'inévitable passage à l'âge adulte - synonyme de compromissions majeures - à travers la quête identitaire d'une jeune hermaphrodite de 15 ans pas maîtresse de son corps, encore moins de ses sentiments indicibles. La Lolita allumeuse de Nabokov peut gentiment aller se rhabiller. Ce sujet peu commun, quasi-inédit au cinéma, nécessite que l'on prenne des pincettes pour éviter les écueils douloureux. Ainsi, il aurait été très malvenu de la part de la réalisatrice Lucia Puenzo, toquée du cinéma d'Haneke et de Dumont, de proposer un précipité complaisant et boucher sur le mode Et il voulut être une femme ou - et ça peut être pire encore - de tomber dans la lourdeur symbolique pachydermique du genre «Hermès, Aphrodite et Salmacis paumés dans un port de la côté Urugayienne». Heureusement, la pudeur prime sur tout dans ce premier long métrage. A tel point que la jeune cinéaste donne plus à ressentir qu'à comprendre les situations. C'est intéressant car cela permet aux lieux les plus communs (l'adolescente confrontée à l'hostilité et l'incompréhension de son entourage) et sa réflexion a priori casse-gueule sur les travers de l'homme (comment le regard des autres peut empêcher l'épanouissement d'une personne dite hors des normes) de passer comme lettres à la poste.

Puenzo veut éluder le voyeurisme crasseux et sensationnel en vogue dans les pires reportages télévisuels pour privilégier une atmosphère cotonneuse et anxiogène purement cinématographique (travail sur les cadrages, photo camaïeu, respiration des plans) et scruter des regards tantôt surpris tantôt inquiets. C'est peut-être aussi là où le bât blesse: ce travail maniéré sert un plaidoyer humanisant pour la tolérance et ne retranscrit que partiellement un sentiment de transgression ou de vertige. Sous couvert d'éviter la monstruosité, le récit tend vers une dimension plus universelle et débouche sur une morale plutôt consensuelle (aimez vos enfants). C'est dommage pour le dialogue vachard entre un père et son fiston au bord de l'eau. C'est d'autant plus dommage que LA grande scène (la fille qui sodomise le garçon) possède une intensité monstrueuse et fait presque regretter que le film ne fonctionne pas plus souvent sur ce régime tendu. Après, on peut aussi être assez ému par cet amour de vacances liant ces deux ados paumés qui apprennent ensemble ce que signifie «être différents». On peut injecter un peu de son vécu dans la découverte du sexe et le rapport à la nudité. On peut apprécier la finesse de la description d'un monde intérieur en crise, flingué comme un petit matin gris. Et, surtout, on peut être agréablement troublé par le regard cristallin de l'actrice Inès Efron (la vingtaine). Son visage diaphane résume à lui seul l'étrangeté de ce film plus ou moins apprivoisable que l'on regarde distant, conscient des promesses qu'il renferme. Sans en faire trop.
Romain Le Vern
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