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INTERVIEW : ROMUALD BEUGNON

INTERVIEW : ROMUALD BEUGNON

Tout sur VOUS ETES DE LA POLICE ? - galerie de photos - Le 2007-12-20 13:31:16


    Premier film du magicien Romuald Beugnon, celui-ci réussit, avec l'aide de son scénariste Benjamin Leroux, à offrir un spectacle aussi jouissif qu'atypique. Les compères arrivent en effet à rendre passionnante la plongée d'un retraité dans une maison de repos, et ce grâce à un mélange de genres savamment orchestré. Du film noir à la chronique du 3ème âge, aussi touchante que drôle et inventive, Vous êtes de la police ? trouve le difficile équilibre entre ces différents éléments et nous propose un voyage divertissant au possible dans une contrée qui devient doucement à la mode. Interview avec un nouvel artisan dynamique qui a des projets plein la tête, comme pourra sans doute en témoigner son site (romualdbeugnon.com) dans les mois à venir.


Vous avez de bons retours sur le film ?
Pour l'instant oui. Il y a du bon et du moins bon, mais je suis content. Il y a d'ailleurs une critique plutôt positive dans les Cahiers du cinéma. En tout cas l'accueil du public est très chaleureux, nous avons d'ailleurs eu le prix du public au Noir Film Festival de Courmayeur en Italie.

Comment avez-vous commencé ? Qu'est ce qui vous a poussé vers le cinéma ?
En fait, dans ma famille, nous sommes magiciens de père en fils, et ce depuis 6 générations. Mais ce qui m'intéressait dans la magie familiale, c'était la mise en scène. Mes parents ont inventé une magie théâtralisée pour les enfants, où en fait les tours n'ont pas vraiment d'importance. Ce qui compte, c'est le merveilleux, l'histoire merveilleuse. J'ai voulu suivre la tradition familiale en faisant du théâtre, et donc je rêvais d'être metteur en scène de théâtre. Et puis un jour, en regardant le reflet des réverbères sur le bitume mouillé, j'ai senti que j'avais besoin de ce miroitement, de cette lumière, et en repensant aux films que j'avais vus, j'ai eu envie de me diriger vers le cinéma. Au lycée, je suis allé voir le conseiller d'orientation, il a ouvert son cahier, et il m'a dit : « si tu veux faire du cinéma, il faut faire la FEMIS ». Et donc j'ai tout fait pour faire la FEMIS et j'y suis entré en 1996.

Vous êtes de la Police est donc votre premier film, mais vous avez déjà abordé le sujet des maisons de retraite dans d'autres oeuvres (un court métrage et un documentaire). Avez-vous une affinité particulière avec le sujet ?
Effectivement, j'avais déjà fait un court métrage documentaire qui s'appelait ASPIREZ !, et qui racontait la distribution de cigarettes dans une maison de retraite. On voyait des gens faire la queue, et une infirmière leur mettait à chacun une cigarette dans la bouche et leur demandait d'aspirer. Quand j'ai fait ce documentaire, j'ai filmé beaucoup de gros plans de personnes âgées en train de fumer leurs cigarettes, et pour moi c'étaient des plans qui étaient filmés avec beaucoup de tendresse. Mais, à la FEMIS, les intervenants professionnels m'ont dit : « ces plans là, ils sont trop durs, tu ne peux pas les mettre ». Je m'étonnais : « Mais pourtant ce sont leurs vrais visages ». Ils m'ont répondu qu'on ne pouvait pas filmer de si près, s'approcher autant des gens dans un format aussi court. « Tu as besoin de prendre ton temps, d'inviter le spectateur, de lui prendre la main et de l'emmener vers les choses que tu veux montrer ». Ça m'a fait beaucoup réfléchir, j'avais envie de filmer ces gens là, donc à la sortie de l'école, j'ai commencé à écrire un court métrage. Je me suis dit que pour amener les gens vers ce lieu, il fallait faire une fiction. Et même, une fiction de genre. Quelque chose qui donne envie de suivre le personnage principal très loin, et d'ailleurs dans le film, on emmène Jean-Pierre Cassel assez loin. Et si on est prêt à suivre le personnage, on est prêt à découvrir le monde autour de lui. Très vite je me suis aperçu que dans un court métrage, cela ne tenait pas, et j'ai donc commencé l'écriture de ce long.


A la vision du film on a plus l'impression de voir des personnages hauts en couleurs que des gens en maison de retraite...
Quand on a des comédiens comme Jean-Pierre Cassel, Jean-Claude Brialy, Philippe Nahon ou encore Micheline Presle, ce sont eux qui sont le plus mis en lumière. Chacun s'invente pratiquement un personnage « de jeu de rôle »pour survivre dans cet univers difficile, un personnage de fantaisie. Le personnage de Simon, joué par Jean-Pierre Cassel, va rentrer dans le moule en jouant un personnage de comédie dans le but de survivre également. Ceci dit, cela s'accompagne de beaucoup de plans que je ne qualifierais pas de plans documentaires mais de plans documentés, sur l'environnement, avec la scène de la galette des rois, où l'on voit les résidents avec leurs couronnes, les scènes de karaoké, les distributions de médicaments, la scène de la soupe... On a quand même des choses autour d'eux, et pour moi c'est bien plus qu'une toile de fond, c'est vraiment un univers que l'on ressent autour des personnages. Et en même temps, le fait que ces personnages soient hauts en couleurs, ça traduit une réalité que j'ai perçu en maison de retraite, c'est-à-dire que quand on vieillit, on accentue à la fois ses défauts et ses qualités, et on essaie aussi pour vivre, ou en tout cas pour exister, de renforcer le personnage qu'on a été toute sa vie. C'est quelque chose qui m'a paru assez réaliste par rapport à la vie en maison de retraite.

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