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ANG LEE, LE PASSAGE REUSSI D'UNE RIVE A L'AUTRE DU PACIFIQUE

ANG LEE, LE PASSAGE REUSSI D'UNE RIVE A L'AUTRE DU PACIFIQUE

Tout sur LUST CAUTION - Photos - Le 2007-12-21 05:05:48


La quête de l'Amérique est un fantasme vieux comme le monde et il n'est pas un artiste qui n'ait pas succombé à cette tentation. Poussés par la nécessité d'un conflit ou des persécutions, nombreux sont ceux qui se sont risqués à ce voyage pour continuer à exercer leur art et à dénoncer (Fritz Lang, Otto Preminger...), mais plus nombreux encore sont ceux qui ont cherché dans cet eldorado filmique qu'est Hollywood, la promesse d'une carrière internationale, l'espoir d'un luxe immodéré et l'orgueil d'une reconnaissance par des pairs idéalisés. Ainsi, conformément à l‘habituel Brain trust encouragé à coups de contrats mirobolants par les grands studios, les postulants au départ sont légion et quittent avec envie et un certain grain de folie, la terre qui les a vus devenir espoirs de leur art.


Et pourtant, peu sont ceux qui réussissent et parviennent à se maintenir dans cet ailleurs où les modes se défont aussi vite que les carrières. En effet, cet univers aux atours chatoyants et aux méthodes redoutables impose toujours ses règles de fonctionnement, toutes bien lointaines des libertés nationales qu'ont connues ces cinéastes dès lors entravés ou égarés. Les exemples demanderaient ainsi des ouvrages entiers pour exposer les raisons de tels échecs et d'autres plus érudits encore, pour analyser les réussites des trop rares à être restés et à avoir réussi.

Ang Lee à l'heure actuelle semble de ces derniers, ceux que l'on reconnaît comme faisant partie des gagnants de la grande loterie de l'exil artistique et idéologique. Après être parvenu à exister aux yeux de ses compatriotes et de la critique, le Taïwanais s'est en effet très vite senti à l'étroit et il lui a fallu plus que de l'audace à l'heure de franchir le Pacifique pour y jouer son va-tout au milieu des années 1990. N'ayant derrière lui que quelques trois longs à son actif (Tu Shou, Garçon d'honneur, Sucré Salé), ce dernier se risquait effectivement à accoler son nom à la longue liste des déçus du voyage, des recalés du système. Ringo Lam, John Woo, Tsui Hark...et tant d'autres encore à être partis pour réaliser des films qui ne seraient ni aboutis, ni réussis.


De Raisons et sentiments à Tigre et dragon : une ascension régulière et opportune

Et pourtant, Ang Lee parviendra à ses fins avec mesure et un sens certain de la progression. Tout d'abord, il fera ses armes avec un film d'époque qu'il transformera en ode à Jane Austen, Raisons et sentiments. Plaisir de lecture et talent de scénariste étaient certes à l'origine de ce choix, toujours est-il qu'il fallait pourtant parvenir à mettre en images, avec une virtuose habileté, ce chassé-croisé amoureux d'un autre temps. Et l'ensemble allait prendre plus qu'il ne l'aurait souhaité au point de s'imposer dans la filmographie de ce dernier comme le premier gage de réussite populaire entre lumière, candeur et jouissance d'acteurs.

Puis ce sera au tour du mélodrame angoissant (Ice storm) où s'échineront Kevin Kline et Sigourney Weaver de lui permettre de poursuivre ce qui s'amorce comme une carrière honnête mais réussie. C'est alors que viendra le coup de génie ou plutôt l'opportunité de filmer pour l'Occident, un wu xia pan traditionnel formaté pour un public inculte du genre. Et de fait, à la mesure du pari insensé, le succès sera démesuré. Tigre et dragon triomphe partout, aux Etats-Unis comme en Europe. Ouvrant pour beaucoup la vogue d'un cinéma asiatique inconnu jusqu'alors au plus grand nombre et que continuera à entretenir Tarantino avec les mystères de la Shaw repris avec ses deux Kill Bill, Ang Lee se voit alors décerner les attributs du gagnant : celui du précurseur.

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LUST CAUTION

Un film de Ang Lee

Avec Tony Leung Chiu Wai, Tang Wei, Joan Chen

Durée 156 minutes

Sortie le 16 Janvier 2008

 

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